04.12.2006

POLANSKI A L'HONNEUR SUR ARTE, par Elise Lecoeuche

La sélection TV de cette semaine commentée... Après le Festival de la Rochelle en juin dernier, c'est au tour d'Arte de rendre hommage à Roman Polanski, distingué pour l'ensemble de son oeuvre à la 18ème édition des Prix du cinéma européen. Ces derniers mois, Arte a déjà diffusé certains de ses films Tess et plus recemment Le Locataire. Dimanche dernier, avec le très réussi film noir Chinatown et l'entretien Polanski par Polanski (par Pierre-André Boutang, auteur de l'ouvrage du même nom réunissant textes et documents pour les Editions du Chêne), la chaîne offre le point d'orgue de son cycle consacré au cinéaste. Arte semble remonter le cours de la carrière de Polanski en proposant encore cette semaine deux films antérieurs.Macbeth, avec le parti pris d'un réalisme exacerbé, souffre de la comparaison avec les adaptations de Welles et de Kurosawa. Et le veillissant Bal des vampires, parodie fantastique plus vraiment comique, reste néanmoins un classique à savourer pour sa mise en scène. Le site internet d'Arte met à disposition de nombreuses informations: articles transversaux (''Un cinéaste entre deux châteaux et deux époques'') , biographie, bibliographie, liens, etc. De quoi être incollable sur la carrière du cinéaste. Rappellons que le sigle ''VM'' signifie Version Multilingue, initiative lancée le 16 octobre dernier qui permet au téléspectateur de la chaîne hertzienne de choisir le lundi et le jeudi soir, grace à la fonction Nicam de la télécommande, la version française ou la version originale sous-titrée. Amateurs de western, zappez sur France 3 lundi à 15h pour découvrir La rivière de nos amours avec Kirk Douglas dont le titre original est moins bucolique Indian Fighter! Enfin pour ceux en mal de la série Prison Break, un étonnant documentaire Colditz de Michael Wulfes, qui met l'accent sur les ingénieux programmes d'évasion des officiers alliés, prisonniers de guerre dans la forteresse réputée la plus sure du Reich ! Retrouvez les chaînes, jours et horaires précis dans la Sélection TV de la semaine. Et surtout n'oubliez pas de participer au QUIZZ +2CINÉ !! (PS: La personne qui a oublié ses gants sur le stand +2CINÉ lors de la NUIT MEMMENTO peut les récupérer à l'accueil de l'UFR Lettres et Langues.)

03.11.2006

MANIAC PARTY ! par Quentin C.

Entrée du cinéma tapissée de feuilles mortes, impact de balle sanguinolent imprimé sur le front de l’ouvreur, crânes et débris humains ça et là et larges sourires des spectateurs venus remplir la salle de cinéma indépendante du Dietrich pour une séance de films gores « non-stop » avec trois steaks bien rouges à se mettre sous la dent : La Colline a des Yeux (titre original: The Hills have eyes) – remake de l’œuvre culte de Wes Craven par Alexandre Aja; Severance en avant-première (!!!) de Christopher Smith; The Devil’s rejects de Rob Zombie… Que du bon ! Le tout accompagné d’une ambiance chaleureuse jouant avec les motifs du genre jusque dans les toilettes du cinéma – des cierges y étaient allumés – assurée par un concours drôlissime entre deux projections ! A celui qui, à la lumière d’une lampe de poche, raconterait l’histoire la plus effrayante ou pousserait le cri le plus angoissant… L’un des participants (une jeune fille affublée d’un masque monstrueux) a régalé l’assistance d’une performance en s’inspirant de La Colline a des yeux, une œuvre joyeusement subversive. Ce dernier film judicieusement placé en ouverture de soirée a chamboulé l’applaudimètre, les spectateurs très dynamiques frappant dans leurs mains à tout rompre à chaque nouvelle et hilarante énormité projetée à l’écran. Exemple: après avoir tué un monstre menaçant à l’aide d’un petit drapeau américain, un homme apparaît en contre-plongée et soleil couchant dans le dos, victorieux, sur fond de musique emphatique avec le nourrisson qu’il vient de sauver et son chien fidèle qui l’a aidé dans son entreprise. Severance, sympathique slasher horrifico-comique, présente un éventail de scènes traversant les genres et mouvements du cinéma pour faire rire le spectateur tout en déversant les hectolitres d’hémoglobine réglementaires. Dans cette optique, la séquence la plus mémorable reste la narration par trois personnages de différentes versions d’une légende urbaine relative au lieu où se déroule l’action, nous faisant passer d’une version « Expressionnisme allemand » en noir et blanc (défauts de pellicule oblige) à une de type « film X » ( ?!?!!@!) après une interprétation des faits façon-documentaire en caméra épaule. Jouissif ! Le tout étant accompagné d’un virulent discours contre les armes à feu à travers (entre autres) la ridiculisation de spots promotionnels très répandus aux Etats-Unis présentant des mitraillettes en action tenues par des jeunes filles en quasi-tenue d’Eve. Un film anglais manifestement anti-NRA [National Rifle Association]: quelle belle avant première! La soirée a été close par le plus dérangeant des trois films: le sordide et grinçant The Devil’s rejects, un film qui appuie consciencieusement là où ça fait mal, interrogeant et brouillant la frontière entre bien et mal jusqu’à nous faire éprouver de l’empathie pour les auteurs sadiques d’exactions à l’horreur soigneusement calculée. Une œuvre qui sait ménager des effets imprévisibles et saisissants. Merci au Dietrich pour cette programmation de choix! Une entrée en matière réussie (très applaudie), un plat principal croustillant avec tout plein de clins d’œil pour régaler les connaisseurs du genre et un dessert suffisamment indigeste pour rendre cette nuit mémorable. Et ce n’est que la première d’une série de trois soirées gores! Un seul mot nous vient alors à l’esprit : « chouette ! » Maniac Party – 26 Octobre 2006 (Cinéma: LE DIETRICH) NB : l’association MONDEOUFS était présente et a tourné, monté et projeté au cours de la soirée un petit film gore. Cette production est disponible sur le net à l’adresse suivante : http://www.dailymotion.com/visited/search/maniac%20party/... Vous pourrez donc voir des spectateurs de la soirée Maniac Party s’entretuer dans des décors de films d’horreur !

LES ÉCRITS S'ENVOLENT EN FUMÉE, LES MOTS SEULS RESTENT... par Quentin C.

medium_amities_malefiques.jpg Les Amitiés maléfiques d’Emmanuel Bourdieu (2006) Impressionnés par le charisme d’André, un étudiant en lettres de leur promotion, Eloi et Alexandre s’en remettent à ses judicieux conseils, le premier affirmant ainsi peu à peu son statut d’écrivain, le second développant ses talents de comédien. Après avoir montré la voie à ses amis, André dit devoir partir en Amérique pour y achever ses études, laissant derrière lui les amorces d’une machination dont on ignore si elle œuvre au profit des deux abandonnés ou à leur détriment… Les Amitiés maléfiques nous baladent d’incidents mineurs et fantaisistes en petites péripéties (« petites » dans la mesure où leur force dramatique n’est pas exploitée, laissant la parole à des plans fixes ou à de brèves séquences à l’esthétique travaillée) sans que nous saisissions l’importance de leurs répercutions jusqu’à un dénouement élégant et étonnement sobre : une tirade théâtrale. En effet, la succession (fluide) des évènements mène à l’aboutissement de la combinaison des amorces posées par André qui semble avoir pris en main son destin et celui de ses camarades de promotion. Car la jeunesse qui est présentée dans ce film est indécise. En témoignent les hésitations /tressautements des prises en caméra-épaule marquant la première partie du film dirigée par André alors que le personnage prend peu à peu contrôle des esprits de ses camarades de promotion. Une jeunesse en proie au doute, en plein éveil certes, mais amorphe ; voir les étudiants en cours de littérature de faculté. En effet, le film verse dans un naturalisme où les stéréotypes sont de mise le temps d’un travelling. Dans le parcours au rythme soutenu qui nous est proposé, on distingue ça et là des énigmes posées par les agissements et le devenir d’André éludées par le spectacle de l’affirmation progressive d’Eloi et d’Alexandre. Prise d’assurance dans la vie dont on ne prend véritablement conscience qu’une fois les personnages au fait de leur gloire avant une fin amère et ambiguë ou la stabilité acquise devient oppressante et terriblement culpabilisante. Oscillant entre un humour fin assuré par des personnages secondaires et un ton dramatique (voire pathétique) achevant de complexifier le personnage d’André, le film trouve un juste milieu. Une justesse de ton assurée en grande partie par les dialogues, parfois comiques, souvent tendus sinon glaçants. Dans Les Amitiés maléfiques, tout passe par le mot, par ce qu’il implique. « Les paroles s’envolent, les écrits restent » peut-être, mais ici, les paroles quelles qu’elles soient (ordres, conseils, refus, demandes, mensonges) deviennent action quand les écrits ne sont qu’accessoires martyrisés, découpés au ciseau, brûlés, dédicacés, supprimés en quelques « clics » sur un ordinateur, dénigrés enfin par le biais de la formulation des mots. Générique: Les Amitiés maléfiques Réalisation: Emmanuel BOURDIEU Interprétation: Malik ZIDI, Thibault VINÇON, Alexandre STEIGER, Thomas BLANCHARD, Dominique BLANC, Natacha RÉGNIER, Jacques BONNAFFÉ Origine: France Date de sortie: le 27 septembre 2006 Durée: 1h40