15.03.2007

COMMENT FAIT-ON UN FILM? par Quentin C.

medium_10-canoes-150-lances-et-3-epouses.jpgC’est avec 10 canoës, 150 lances et 3 épouses que Rolf de Heer nous fait oublier sa traumatisante adaptation d’un excellent roman de Luis Sepùlveda réalisée en 1999. (Ne regardez pas Le Vieux qui lisait des romans d’amour, lisez-le.)




10 canoës, 150 lances et 3 épouses de Rolf de Heer

La sobriété et le calme avec lesquels il explore le passé aborigène (outrageusement malmené par Jane Campion dans sa Leçon de piano) participent à la mise en valeur de tensions dégagées par les sentiments des personnages (jalousie, haine, convoitise, détresse…) ou par la cruauté des coutumes ancestrales dépeintes ainsi qu’à l’efficacité de saynètes hilarantes tout en évitant la froideur clinique et semi-condescendante que réservait le cinéma de Jean Rouch aux Africains.
C’est en enchâssant trois récits (un narrateur présente en voix-off le dialogue de deux frères – Ridjimaril racontant une histoire à son cadet Dayindi) que l’œuvre alterne la fabrication de canoës aborigènes par les deux hommes et la mise en images des paroles de l’aîné.
Ainsi la partie « documentaire » de l’œuvre (exposant les techniques de récolte et le transport d’écorces d’arbres puis le traitement du bois avant la confection des embarcations) distille une fiction qui contient elle-même la présentation d’éléments propres à la culture aborigène (rites, habitudes, traditions, etc.). On frôle dangereusement un didactisme mal-venu lorsque, par exemple, une voix-off intervient au cours d’une cérémonie funéraire pour commenter des plans extraordinaires dont le spectateur ne peut savourer pleinement l’élégance, régulièrement harcelé par des précisions que l’éloquence des images rendent inutiles et indigestes, presque grossières.
L’une des principales erreurs du film consiste donc à dépouiller ses plus belles scènes de leurs mystères. Outre ces petits désagréments, Rolf de Heer livre une œuvre poétiquement méta-filmique*. Ne peut-on voir les segments d’écorces de bois transportés par les aborigènes comme les différents plans constituant un film une fois mis bout à bout? Morceaux de vérité prélevés sur les troncs des arbres précisément lorsque débute la fable du conteur Ridjimaril puis assemblés pour former à partir de coutumes, de traditions ayant réellement existé une fiction lyrique et sensible qui nous fait accompagner des personnages tantôt désopilants, tantôt d’une dignité impressionnante jusqu’à leur accomplissement; parfois jusqu’à leur mort. Des morceaux de bois dont la forme (de longues bandes plates) rappelle étrangement celle de la pellicule, destinés à la fabrication de moyens de locomotion pour naviguer sur des rivières où se rassemblent les âmes des aborigènes après trépas. Les mouvements de caméra suivant les cours d’eau ainsi peuplés invitent le spectateur à prendre place dans une embarcation aborigène et à se laisser entraîner par le courant.
[Reste à déplorer un sous-titrage horripilant: caractères blancs sur fond blanc.]

(*Méta-filmique: qui renvoie au processus de fabrication d’un film. Exemple: Le Mépris de Jean-Luc Godard, avec Brigitte Bardot, est un méta-film.)

Générique:
Réalisation: Rolf DE HEER
Scénario: les habitants de Raminigining et Rolf DE HEER.
Interprétation: Crusoe Kurddal (Ridjimaril), Jamie Dayindi Gulpilil Dalaithngu (Dayindi et Yeeralparil), Richard Birrinbirrin (Birrinbirrin), Peter Minygululu (Minygululu), Frances Djulibing (Nowalingu), David Gulpilil Ridjimaril Dalaithngu (le Narrateur).
Titre original: Ten canoes
Durée: 1h31
Origine: film australien
en couleurs/noir et blanc.

PAS DE BOL POUR LE DRAGON, par Pirate

medium_eragon.jpgAdapté du premier roman de la trilogie de L’Héritage de Christopher Paolini, Eragon est un échec franc et un film bien loin de la qualité du roman dont il est l’adaptation. Truffé de non sens et de choix plus que discutables, on peut se demander si ce film ne nuira pas aux romans.
Quel dommage pour le dragon…



Eragon de Stephen Fangmeier

Résumé
Il y a bien longtemps, sur les terres d’Alagaësia, la fière lignée des dragonniers chevaucheurs de dragons, était garante de la paix et de la prospérité…
Mais tout à bien changé depuis que Galbatorix, après avoir trahis les siens et entraîné la disparition des dragons, règne en tyran sur l’empire d’Alagaësia.
Pourtant, quelques peuples résistent encore ; les Vardens, les nains et les elfes.

L’histoire commence par une nuit sombre dans une forêt. Une délégation d’elfes a volé une pierre, précieuse aux yeux de Galbatorix et, poursuivis par ses sbires, tentent de fuir au triple galop. Mais bien vite les elfes se font prendre dans une embuscade et dans un dernier espoir la belle Arya use de ses pouvoirs magiques. Non loin de là, le jeune Eragon chasse quand tout à coup il découvre une étrange et grosse pierre bleue à ses pieds. Il ramène l’étrange objet chez lui et c’est alors que la pierre se met à bouger, se casse et qu’Eragon assiste à la naissance d’une jolie dragonne bleue, Saphira. Cependant, le jeune homme ignore encore ce que cette naissance signifie. Un dragon ne naît que pour celui ou celle qu’il a choisis, son futur dragonnier.
La lignée vient de renaître, ce qui n’est pas du goût de Galabatorix qui va traquer Eragon dans tout l’empire…

Comme vous l’aurez sûrement remarqué, nous sommes entrés dans l’ère des adaptations gros budget de romans d’heroic fantasy. Après Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux et Le Monde de Narnia qui ont envahis nos écrans et nos fêtes de fin d’année, noël 2006 a vu l’arrivée de son cadeau, cette année aromatisé de poudre de dragon… J’ai lu quelque part (mais impossible de me souvenir où) que adopter ou se lier d’amitié avec une des ces créatures extraordinaires, faisait partie d’une espèce de rêve commun à beaucoup de mortels… Malheureusement, les œuvres cinématographiques mettant en scène des dragons sont bien souvent tombées à l’eau (Donjons et Dragons, Le Règne du Feu, un petit plus peut-être pour Cœur de Dragon?). Et  Eragon ne déroge pas à la règle.
Que ce soit clair : cette « critique » est tout sauf objective, d’abord parce que j’ai lu le livre et ensuite parce que je l’ai beaucoup aimé… J’avais donc certaines attentes…

Je me demande ce que peut ressentir un spectateur qui n’a pas lu l’histoire originale face à ce film. Je me le demande parce que, à mon sens, beaucoup d’éléments essentiels manquent. C’est vrai, l’adaptation n’est pas un ''copié collé'' de l’œuvre originale, seulement, dans Eragon, ce qui est primordial est absent. C’est un film dont l’histoire a perdu tout ce qui faisait l’essence de celle du roman. Il est comme une coquille vide.
Comme beaucoup de romans d’aventure, Eragon est le lieu d’une quête initiatique pour son héros mais aussi (et je dirais même surtout) pour le personnage clé et pour moi principal : Saphira. Or cet élément essentiel est complètement absent dans l’adaptation. Saphira sait tout dès le départ. Du coup, la relation entre le dragon et son dragonnier n’est plus fusionnelle. En effet, puisque Saphira sait déjà tout ce qu’elle doit savoir alors qu’Eragon, lui, ne sait rien, ils ne font plus leur apprentissage à deux, apprentissage qui, dans l’histoire originale, tisse le lien terriblement fort qui va les unir. Pas facile dans ce cas de montrer à l’écran un dragonnier avec tout ce que ce mot implique (notion pas évidente à expliquer, il faut lire le livre si vous voulez en savoir plus). Cette absence de connivence ultime entre les deux êtres refroidit terriblement ce qui était au départ, une bien jolie histoire d’amitié.
Une autre chose qui m’a marqué c’est cette impression étrange de « il ne faut pas que ça ressemble au Seigneur des Anneaux ». Et cette impression est tellement forte que je crois bien avoir raison. Lorsqu’on lit le roman, il est impossible de ne pas faire le rapprochement entre les diverses créatures qui le composent et celles de Tolkien. Les Urgals sont les ombres des Orcs, les Kulls (version « améliorée » des Urgals) celles des Uruk haï (version améliorée des Orcs) et les Ra’zacs font immanquablement penser aux Nazguls. Alors pourquoi avoir évincé ses ressemblances qui font parties de l’œuvre ? D’autant que les Urgals, Kulls et Ra’zacs sont à la limite de l’identifiable pour le spectateur lecteur. Faire autrement que ce qu’on a l’habitude de faire c’est bien mais dangereux. Et ici le choix « physique » des créatures paraît invraisemblable. Un Urgal, dans la tête du lecteur ressemble à un Orc. Pour quelqu’un qui n’a pas lu le livre cela ne ressemble à rien avant d’avoir vu le film. Or, dans le film, les Urgals apparaissent comme des bonhommes au crâne rasé, tatoués et bedonnants, ce qui donne l’impression qu’il s’agit d’humains, d’un groupe ou d’une tribus d’humain à la botte de Galbatorix.

medium_urgals_3.jpg


Ce qui est faux ; il ne s’agit pas d’humains mais bel et bien d’une race à part entière, ce que le spectateur aurait tout de suite compris si ces créatures avaient été présentées telles qu’elles le sont dans le livre, donc comme des orcs ou quelque chose d’approchant.
Mais les monstres ne sont pas les seuls à avoir subi une transformation de ce genre, certaines autres créatures ont également été traitées de façon étrange et il leur manque certaines caractéristiques fondamentales, propres, celles qui nous font les reconnaître. En effet, Arya est un elfe. A l’écran, les seuls moyens pour que le spectateur reconnaisse un elfe c’est soit de lui faire des oreilles pointues, soit de faire mention de cette nature. Or ici, on a ni l’un ni l’autre. Alors comment reconnaître les elfes des humains ? On ne les reconnaît pas. Ce ne serait pas dérangeant s’ils n’avaient pas une telle importance et si Arya n’avait pas eu ces pouvoirs étranges qui ne s’expliquent que par sa nature, et qui donc dans le film ne s’expliquent pas.


medium_250px-Arya.jpg


Quant aux nains, problème réglé puisqu’ils ne figurent pas dans le film.
Etrangement, d’un côté le film refuse toute ressemblance avec Le Seigneur des Anneaux (jusqu’aux cheveux noirs d’Arya, rousse dans le film a priori afin de ne pas la confondre avec Arwen) et n’assume pas l’influence de Tolkien sur l’œuvre originale, et de l’autre crée un rapprochement inexorable avec une autre œuvre. Et oui, Jeremy Irons dans de rôle du mentor d’Eragon et ancien dragonnier, et Galbatorix (alias John Malkovich) rageant enfermé dans son donjon avec son dragon font immanquablement penser à Donjons et Dragon. Curieux…
Avant de terminer sur une note un peu plus positive, je ne peux pas me retenir de dire que les dialogues n’ont aucune consistance et à aucun moment (en toute franchise et sans prétendre être meilleure dialoguiste ils sont vraiment de mauvaise qualité) et que le jeune Edward Speleers n’est pas du tout crédible sur le dos d’un dragon.
Note positive donc (et la seule) : la modélisation de Saphira est vraiment superbe. Bien qu’elle n’ai pas un visage aussi expressif que le King Kong de Peter Jackson (ce qui peut tout à fait s’expliquer par le fait que sa tête est faite d’une cuirasse épaisse) du début à la fin on admire cette sublime dragonne bleue (dommage qu’elle ne dise que des banalités).

Pour conclure, je pense sincèrement que ce film n’a d’autre raison d’être que le profit. En sortant de la salle, j’ai eu le sentiment que tout avait été mis en œuvre pour faire de l’argent au détriment de l’histoire plus que raccourcie (1h45 de film pour 600 pages qui racontent milles et unes aventures c’est quand même peu) et du spectateur. En effet, le roman étant un grand succès un peu partout dans le monde, John Malkovich et Jeremy Irons étant des têtes d’affiches, l’heroïc fantasy étant un filon plus que profitable, le tout aidé des vacances de noël, les entrées étaient assurées. Alors la qualité… pourquoi s’en soucier ? « Eragon » est un film bâclé, sans consistance, sans intérêt, « jemenfoutiste » et qui en plus se moque (dans les deux sens du terme) de ses spectateurs.

Et avec tous les éléments qu’ils ont mis de côté, je me demande vraiment comment ils vont réussir à adapter le second volet…

Générique:
Eragon
Réalisation : Stefen FANGMEIER
Scénario : Peter BUCHMAN d’après le roman de Christopher PAOLINI
Interprétation : Edward SPELEERS (Eragon), Jeremy IRONS (Brom), John MALKOVICH (Galbatorix), Robert CARLYLE (Durza), Sienna GUILLORY (Arya), Djimon HOUNSOU (Ajihad), Garrett HEDLOUND (Murthag), Caroline CHIKEZI (Nasuada), Joss STONE (Angela)
Production : John DAVIS, Wyck GODFREY
Musique : Patrick DOYLE

08.01.2007

CE N'EST QU'UN AU REVOIR, par Ceelya

medium_the_last_show.2.jpg




Une oeuvre posthume pleine de vie: magique.




The Last Show de Robert Altman

Si l'histoire est la clé, alors les personnages sont souvent la voûte...ils gravitent autour afin de faire avancer le récit. Chez Altman c'est l'inverse. Short Cuts en était déjà une des preuves les plus flagrantes, les plus sublimes. Cet amour, ce dévouement total aux personnages fût rarement démenti dans les films qui jalonnent sa carrière.
Peut-on déduire qu'à travers cet amour transparaît celui que ce grand homme portait aux gens? Faites comme vous voulez, ça fait longtemps que j'en suis persuadée.
Robert Altman avait compris depuis ses premiers films que la vie n'existe pas sans les êtres qui la traverse.
En filmant juste des personnages vivre...c'est là qu'opère l'adhérence.
Ces personnages, unis et à part, évoluent aussi bien sur la scène qu'en coulisses, affichant le sourire approprié au spectacle et laissant libre cours à leurs excentricités dans les loges.

« La vie est un théâtre » disait Shakespeare mais il serait triste de penser qu'Altman ne fait que répéter le dramaturge.
Le film est dense et fait notamment la part belle à ce qui réunit majoritairement les personnages, en dehors de quelques liens familiaux ou amoureux: la musique.
Plus particulièrement la musique country qui est bien évidemment celle de l'émission originale dont l'histoire du film est issue mais qui s'illustre parfaitement dans le décor, avec ses rythmes et mélodies souvent guillerettes aux paroles d' une grande tristesse cependant...la face cachée des personnages...face cachée des gens?

Que dire?
Et comment comprendre cette structure? Ca s'ouvre comme un film noir et ça se termine comme les Blues Brothers...et au milieu, une comédie, un drame musical.
Quelque soit le style, le genre, la nature appelez ça comme vous voudrez, les personnages prennent de toute façon le dessus. Eux sont intemporels et traversent les âges du cinéma.
La musique est ici le moyen par lequel ils s'élèvent et se montrent sur scène, donnant à admirer si ce n'est un talent (qu'ils possèdent tous cela dit) du moins un plaisir évident et même communicatif. Ce plaisir rend justement plus incroyable leur capacité à occulter la fin si proche.
Faut-il faire comme tous les soirs? Ou faut-il annoncer que c'est le dernier show?
Mais ne pas dire au revoir, n'est-ce pas rester un peu dans l'esprit de celui qui attend qu'on revienne?

C'est effectivement un film plein d'espoir, mais pas de celui préfabriqué pour nous faire enrager quand le héros n'a pas embrassé la fille...non, c'est le même que celui grâce auquel on ouvre les yeux chaque matin et qui arrive parfois à nous persuader que la journée sera bonne. C'est celui qui fait naître l'optimisme chez certains, chez Yolanda Johnson (Meryl Streep) notamment: « Quand une porte se ferme, une autre porte s'ouvre. »

Une porte s'ouvre dans ce théâtre et laisse apparaître un ange dont on ne saurait remettre en cause le statut et qui rappelle sans conteste celui de Wenders. Elle pose sa main sur l'épaule des personnages pour les soutenir et les apaiser. Mais cet ange là est visible et s'adresse aux Hommes comme à ses semblables...parce qu'elle n'est rien moins qu'une femme se posant une question humaine. Pourquoi a-t-elle rit d'une blague pas drôle? Pourquoi a-t-elle rit de la vie?
Pourquoi devrait-on rire des blagues de ces deux cow-boys quand on sait qu'elles cachent quelque chose de plus grave: le besoin de faire durer le dernier numéro, pour retarder la fin?

Faisant d'un ange une simple femme en limitant ses pouvoirs, malgré la mise en scène et le jeu qui l'entoure, Robert Altman ne se détourne jamais de ses personnages qu'il aime, faisant d'eux aussi bien des anges par le pouvoir qu'ils avaient d'accrocher un public que de simples Hommes...et faisant d'eux les mêmes en fin de compte.

Nous sommes les spectateurs uniques de ce show, Altman ne filmant jamais le public « diégétique ». Le réalisateur nous offre une double vue et nous guide à travers les coulisses afin de découvrir, pour leur dernier spectacle, le vrai visage des personnages.
Et c'est magnifique à regarder.

Comment conclure cet article sans crier sur les toits du monde que j'aimais cet artiste avec tendresse et folie?

The Last Show est un bijou comme Altman seul a su en créer et il n'y a pas à être triste qu'une carrière s'achève sur de nouveaux lauriers...le film ne laisse pas de goût amer et bien avant de penser « dommage que ce soit son dernier » je me suis dit « heureusement qu'il a pu le finir. »

Générique:
The Last Show ( titre original: A Prairie Home Companion)
Réalisation: Robert ALTMAN
Scénario: Garrison KEILLOR
Interprétation: Garrison KEILLOR (présentateur original de la véritable émission intitulée A Prairie Home Companion), Lily TOMLIN, Meryl STREEP, Woody HARRELSON, Tommy LEE JONES, Kevin KLINE, Lindsay LOHAN, Virginia MADSEN, John C. REILLY, Maya RUDOLPH, Marylouise BURKE, L.Q. JONES, Sue SCOTT, Tim RUSSELL, Tom KEITH.

07.11.2006

JE DIS AIME par Damien

medium_ne_le_dis_a_personne2.jpg



Un film français ambitieux qui ( pour une fois ) ne déçoit pas.




Ne le dis à personne de Guillaume Canet (2006)

Assassinée le jour de leur anniversaire de mariage, Alex ne peut faire le deuil de Margot. Huit années se sont écoulées lorsque Alex reçoit par mail une vidéo. Sa femme apparaît dessus.

Pas mal comme intrigue. Rien qu'à lire le synopsis à l'entrée du cinéma, je salive d'envie d'en savoir plus. Un amour brisé, un deuil impossible, mais peut-être que quelque chose de mieux va commencer et rien que pour cela, mon envie de suivre Alex est énorme. Bien évidemment tout ne sera pas rose dans sa quête ( entre autre il sera accusé du meurtre de la meilleure amie de Margot, poursuivi par la police, filé par des espions ) mais la puissance et le désir que déploie ce personnage pour arriver à ses fins obligent l'intrigue à lui faire surmonter les obstacles pour enfin qu'il puisse...

D'une intrigue bien ficelée, Guillaume Canet réalise un film efficace, prenant aux tripes, où un homme destabilisé par la vision d'une image se demande ce qu'on lui veut. L'oppression alentour est fortement ressentie dans la première partie du film où la caméra a du mal à s'écarter du visage de François Cluzet et la bande son préfère s'enrichir de bruits répétés énervants que de nous gratifier de la qualité de la bande originale de M. Le film prendra un grand virage quand Alex se procurera la certitude qu'il n'imagine rien, l'oppression disparaissant pour laisser place au désir, et sa détermination éloignera aussi bien les antagonistes que la caméra de sa face. La course poursuite sur le périphérique est stupéfiante et symbolise magnifiquement cette envie de fuite pour partir à la recherche de sa bien-aimée, du bonheur...

La mise en scène très épurée touche à l'essentiel sans en faire des tonnes. Le rythme ne faiblit presque pas jusqu'aux révélations finales qui malgré leurs manques d'originalité satisfont suffisamment le spectateur en quête de vérité depuis déjà un moment. Les acteurs sont tous très crédibles dans leurs rôles. François Cluzet est touchant, qui plus est quand la musique de M accompagne son image. Franchement ce film, il ne restera peut-être pas dans les annales, mais il est vachement bien et c'est déjà beaucoup pour un film français.

Générique:
Ne le dis à personne
Réalisation: Guillaume CANET
Interprétation: François CLUZET, André DUSSOLLIER, Marie-Josée CROZE
Origine: France
Durée : 2h05

03.11.2006

LES ÉCRITS S'ENVOLENT EN FUMÉE, LES MOTS SEULS RESTENT... par Quentin C.

medium_amities_malefiques.jpg








Les Amitiés maléfiques d’Emmanuel Bourdieu (2006)

Impressionnés par le charisme d’André, un étudiant en lettres de leur promotion, Eloi et Alexandre s’en remettent à ses judicieux conseils, le premier affirmant ainsi peu à peu son statut d’écrivain, le second développant ses talents de comédien. Après avoir montré la voie à ses amis, André dit devoir partir en Amérique pour y achever ses études, laissant derrière lui les amorces d’une machination dont on ignore si elle œuvre au profit des deux abandonnés ou à leur détriment…

Les Amitiés maléfiques nous baladent d’incidents mineurs et fantaisistes en petites péripéties (« petites » dans la mesure où leur force dramatique n’est pas exploitée, laissant la parole à des plans fixes ou à de brèves séquences à l’esthétique travaillée) sans que nous saisissions l’importance de leurs répercutions jusqu’à un dénouement élégant et étonnement sobre : une tirade théâtrale. En effet, la succession (fluide) des évènements mène à l’aboutissement de la combinaison des amorces posées par André qui semble avoir pris en main son destin et celui de ses camarades de promotion.
Car la jeunesse qui est présentée dans ce film est indécise. En témoignent les hésitations /tressautements des prises en caméra-épaule marquant la première partie du film dirigée par André alors que le personnage prend peu à peu contrôle des esprits de ses camarades de promotion. Une jeunesse en proie au doute, en plein éveil certes, mais amorphe ; voir les étudiants en cours de littérature de faculté. En effet, le film verse dans un naturalisme où les stéréotypes sont de mise le temps d’un travelling.
Dans le parcours au rythme soutenu qui nous est proposé, on distingue ça et là des énigmes posées par les agissements et le devenir d’André éludées par le spectacle de l’affirmation progressive d’Eloi et d’Alexandre. Prise d’assurance dans la vie dont on ne prend véritablement conscience qu’une fois les personnages au fait de leur gloire avant une fin amère et ambiguë ou la stabilité acquise devient oppressante et terriblement culpabilisante.

Oscillant entre un humour fin assuré par des personnages secondaires et un ton dramatique (voire pathétique) achevant de complexifier le personnage d’André, le film trouve un juste milieu. Une justesse de ton assurée en grande partie par les dialogues, parfois comiques, souvent tendus sinon glaçants.
Dans Les Amitiés maléfiques, tout passe par le mot, par ce qu’il implique. « Les paroles s’envolent, les écrits restent » peut-être, mais ici, les paroles quelles qu’elles soient (ordres, conseils, refus, demandes, mensonges) deviennent action quand les écrits ne sont qu’accessoires martyrisés, découpés au ciseau, brûlés, dédicacés, supprimés en quelques « clics » sur un ordinateur, dénigrés enfin par le biais de la formulation des mots.

Générique:
Les Amitiés maléfiques
Réalisation: Emmanuel BOURDIEU
Interprétation: Malik ZIDI, Thibault VINÇON, Alexandre STEIGER, Thomas BLANCHARD, Dominique BLANC, Natacha RÉGNIER, Jacques BONNAFFÉ
Origine: France
Date de sortie: le 27 septembre 2006
Durée: 1h40

24.10.2006

TOUT VA BIEN MONSIEUR LE PRESIDENT ! par Nanie

medium_president.jpg


A la veille des élections présidentielles, Delplanque nous donne à voir le stéréotype d'un président.



Président de Lionel Delplanque (2006)

Dupontel à la tête de l'état, plutôt risible comme situation surtout quand on a à l'esprit le personnage de Bernie. Néanmoins le comédien prend son rôle très au sérieux, il est assez crédible en costard-cravate même si quelques mimiques le trahisse.
Nayma, sa fille joué par Mélanie Doutey, tombe amoureuse de Mathieu (Jérémie Régnier) fils d'un anarchiste. Il est brillant et entre vite dans le cercle très « sélect » de l'Elysée, le Président le jugera capable d'être son successeur. Le monde serait merveilleux ainsi, n'est ce pas! Mais il est bien connu que les hommes d'états sont corrompus par l'argent et le pouvoir. Alors on cache les essais d'une nouvelle arme aux résultats désastreux, cause secret défense, on paie pour le silence. C'est sans compter sur le petit Mathieu, sauveur des valeurs républicaines?

Lionel Delplanque essaye de nous faire entrer dans le cercle fermé, qu'est ou qui nous parait être, le monde politique français. On passe de vie privée à vie publique mais l'accent est surtout mis sur l'intimité du Président de la République. Delplanque veut nous faire aimer son personnage principal, il le ré humanise en quelque sorte. Il le descend de son piedestale, lui aussi se fait du souci pour son enfant, lui aussi peut se faire virer du jour au lendemain et lui aussi à une vie sexuelle... mais les enjeux ne sont évidement pas les mêmes.

D'un point de vue esthétique, on peut s'arrêter sur la première séquence qui pose les bases du film en montrant les débuts en politique du Président. Les procédés utilisés sont simples: filtre, ralentis..., ils développent l'aspect émotionnel de la séquence. Mais c'est surtout l'utilisation de la musique qui accentue ce phénomène, elle habille la séquence de l'élégance d'une danse sensuelle alors que l'on assiste au bal des vampires.
Dans son ensemble, le film développe très largement le thème de l'image dans la société notamment dans la scène de réunion où un grand portrait du président est accroché au mur. Celui ci ne cessera , dans toute la séquence d'être en confrontation ou en adéquation avec son image, situation créée aussi par le discours qu'il tient.

Tout au long du film, le réalisateur remet en question notre perception des images qui nous environnent et que l'on subit plus ou moins. Ici, il nous les présente comme étant fausses et manipulatrices. D'une certaine manière il remet en cause le cinéma lui même, qui n'est après tout qu'un défilement d'images. Il n'a donc pas la prétention de montrer LA vérité dans son film puisque les images ne donne que l'illusion de la réalité.
Les plans sont très travaillés, la composition de l'arrière plan par rapport au premier est étudié de manière à imposer la présence du président telle une chape de plomb.
Cette grande structuration nous amène à une certaine réflexivité dans le sens ou le spectateur prend conscience d'être devant la démonstration des compétences du réalisateur. Ce manque de subtilité rend les effets de mise en scène trop perceptibles.

Peu de film en France parle de l'intérieur de la politique nationale, Delplanque a tenté une intrusion qui ne fonctionne pas, il ne nous fait pas entrer en profondeur dans l'intrigue. Ce qui induit un scénario trop léger.
Ce film, au sujet prometteur et à la qualité photographique notable sans être merveilleuse, ne va pas au bout de ses objectifs et en est donc décevant.

Générique
Réalisation: Lionel DELPLANQUE
Scénario: Lionel DELPLANQUE , Raphael MELTZ
Interprètation: Albert DUPONTEL, Jérémie RÉGNIER, Mélanie DOUTEZ, Claude RICH...
Musique: Frédéric TALQORN
Décors: Jacques ROUXEL
Durée: 1h37

19.10.2006

PROMIS, ON S'EN SOUVIENDRA... par Charlotte Géron

medium_homme_de_sa_vie.jpg

Quatre ans après son premier film, Zabou Breitman revient avec une oeuvre ambitieuse et réussie, qui confirme ce qu’on avait alors soupçonné : elle est douée pour les belles choses.



L’homme de sa vie de Zabou Breitman (2006)

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’intrigue ne paye pas de mine : le couple Frédérique et Frédéric, joué par Léa Drucker et Bernard Campan, voit sa douce petite vie menacée par la présence d’Hugo (Charles Berling), voisin homosexuel et énigmatique dont Frédéric tombe amoureux.

Au-delà d’une histoire d’amour, c’est une histoire de corps que la mise en scène relate à merveille : ils se séparent, se cherchent, se touchent… ce corps est omniprésent, jusque dans les événements secondaires (la tentative de viol sur Ilse, par exemple).
Zabou avait déjà frappé fort en 2002 avec le poétique Se souvenir des belles choses, qui avait révélé un Bernard Campan dans son premier rôle dramatique. Elle fait ici preuve d’une ambition supplémentaire, qui réside dans la construction alambiquée de son film. Par moment, elle tient du rêve, avec des séquences de danse, où les personnages arrêtent le temps, commentent ce qu’ils voient, dissertent sur l’amour… Le reste s’apparente à un travail de mémoire semblable à celui qu’on avait pu voir dans Eternal sunshine… : cette tranche de vie nous est racontée dans le désordre, un peu comme surgissent les souvenirs.

On pourra reprocher un rythme lent commun à beaucoup de frenchies, mais ce qui pourrait apparaître comme un défaut se fait merveille : la poésie trouve sa juste place. D’autre part, la musique vient donner au film un air de vacances, et en même temps la gravité nécessaire pour en faire une œuvre délicate. La bande originale est subtile et variée, et souligne magnifiquement l’atmosphère un brin mélancolique.

La mise en scène est servie par des acteurs sublimes : Léa Drucker est débordante de naturel et de fraîcheur. Son éblouissante féminité rappelle le charme discret d’une Agnès Jaoui, et c’est exquis. De son côté, Bernard Campan réaffirme sa place parmi les comiques qui tiennent la route dans les rôles dramatiques (dans la même veine, Benoît Poolvoerde dans Entre ses mains, et plus récemment Kad Merad dans Je vais bien, ne t’en fais pas). Il est excellent dans le rôle de cet homme idéaliste bousculé dans son amour tranquille et dans le monde sécurisant de la tendresse. Charles Berling quant à lui est rayonnant et séduisant comme jamais dans sa partition ambiguë. On en redemande.

Même le générique de fin s’apprécie, laissant une place au silence, avant de reprendre un thème musical du film. La perfection de bout en bout… L’homme de sa vie est un chef-d’œuvre. Merci Zabou : toutes tes belles choses, promis, on s’en souviendra…

Générique
L’homme de sa vie
Réalisation: Zabou BREITMAN
Scénario: Zabou BREITMAN, Agnès DE SACY
Interprètation: Bernard CAMPAN, Charles BERLING, Léa DRUCKER
Origine: France
Durée: 1h54

UN CRIME PARFAIT ?... , par Charlotte Géron

medium_un_crime_3.3.jpg

…ou comment Harvey Keitel sauve de la noyade le film d’un français trop ambitieux.






Un crime de Manuel Pradal (2006)

Dans la famille « navet », qui est le petit dernier ? « Un crime », sans aucun doute.

Le scénario est sans relief. Dommage pour ce thriller écrit, entre autres, par Tonino Benacquista (scénariste de La boîte noire), dont l’idée était pourtant prometteuse.
New York. Vincent est un homme furieux dont la femme a été assassinée par un chauffeur de taxi (dans quelles circonstances ? c’est vague. Pourquoi ? on ne saura jamais…). Alice (Emmanuelle Béart), sa voisine amoureuse de lui, trouve un moyen de faire en sorte que le jeune homme reprenne goût à la vie et s’intéresse à elle : elle lui fabrique un meurtrier à partir des détails de l’enquête qu’elle a pu obtenir. C’est là qu’entre en scène Roger (Harvey Keitel), un chauffeur de taxi transformé en coupable idéal avec de fausses preuves semées par Alice…
Les personnages se révèleront tour à tour innocents et coupables, parfois de façon abracadabrante :
Roger se révèle être le véritable meurtrier de la femme de Vincent : incroyable qu’Emmanuelle Béart, sur les milliers de chauffeurs de taxi new-yorkais, soit tombée justement sur le bon…
Vincent, victime de la (fausse) supercherie d’Alice, tente de tuer Roger qui, ligoté dans le coffre de son véhicule, échappe miraculeusement à une noyade certaine…
Alice se retrouve contrainte de suivre Roger, amoureux d’elle, qui menace de les dénoncer à la police elle et Vincent si elle ne lui obéit pas… elle finit par le tuer sans aucun remords…
Pas de chance, le suspense est absent : on voit trop bien où Alice veut en venir, certains dialogues sont téléphonés. Les personnages d’Alice et de Vincent sont sans aucune profondeur, et sont de surcroît mal interprétés : un veuf qui n’a jamais l’air ni triste ni en colère, une Emmanuelle Béart décidément inexpressive, et qui joue de vulgarité et de nudité là où elle devrait être sensuelle…
On aurait pu noter qu’une partie de la musique a été composée par Ennio Morricone (qui après avoir vu le film, n’a pas souhaité être crédité au générique… comme on le comprend !) mais même la musique sent le réchauffé…
Malgré tout, l’ambition de tourner en décors naturels à New York est louable, et le film nous offre de belles vues de la ville. La relation entre Alice et Roger est également filmée de façon intéressante, mais sans plus.

Heureusement, Harvey Keitel est là : lui dégage quelque chose (comme toujours !) et porte tout le film sur ses épaules… lourde tâche ! Son personnage est d’ailleurs un peu plus fouillé, mais mériterait encore d’être approfondi.

Au final, Manuel Pradal nous offre un film ambitieux mais qui tombe à l’eau.
L’intérêt de ce film ? Les seins d’ Emmanuelle Béart pour les amateurs de X (ils seront servis). Harvey Keitel pour les autres. Ni plus, ni moins.

Générique
Un crime
Réalisation : Manuel PRADAL
Scénario : Manuel PRADAL, Tonino BENACQUISTA
Interprètation : Harvey KEITEL, Emmanuelle BEART, Norman REEDUS
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h42

05.10.2006

LA JOLIE RENTRÉE DU CINÉMA FRANCAIS, par Charlotte Géron

medium_ne_t_en_fais_pas_je_vais_bien.jpg


Au jeu de l'adaptation, certains se révèlent plus doués que d'autres: Philippe Lioret fait sûrement partie de ces bons, revisitant à sa façon (brillante) un roman assez décevant.



Je vais bien, ne t'en fais pas de Philippe Lioret (2006)

Sur un coup de tête, je décide d’aller voir Je vais bien, ne t’en fais pas. Je n’en ai jamais entendu parler : je boude mon magazine de cinéma ces temps-ci, j’ai donc dû louper l’article qui y était consacré.
Est-ce le synopsis proposé par les affichettes du CGR ? ou bien la perspective de voir Kad Merad dans un film qui n’a absolument pas l’air d’une comédie ? (j'adore les contre-emplois)… Peu importe. J’ai envie.
Une heure, quarante minutes et deux Kleenex plus tard, je sors.

Prévisible, le scénario. On sent bien dès le départ que les parents ont quelque chose à cacher, et que ça ne tourne pas bien rond dans cette famille aux airs tranquilles. On n’imagine que trop bien que Lili ne reverra jamais son jumeau Loïc.
Prévisible, l’histoire d’amour entre la fragile Lili et le gentil Thomas. Il n'a d'yeux que pour elle dès le début du film.
Prévisible (et lourd), le leitmotiv musical. La chanson écrite par Loïc à sa soeur se laisse écouter lorsque la jeune fille la découvre. Mais on tente d’en faire une chanson-émotion, comme pour faire ressentir la présence de Loïc, en la glissant un peu partout (jusque dans le générique de fin)… Pas de chance : la balade-rock est lassante, du coup on tombe plutôt dans la chanson-mièvrerie.

Et pourtant… on se laisse charmer…
…Par Mélanie Laurent. Elle est tourmentée, oscille entre panique et lucidité, fragilité et détermination, courage et renoncement, avec une justesse éblouissante. Elle est merveilleuse dans la légèreté comme dans l’anorexie, et illumine le film de sa seule présence.
...Par Kad Merad. A mille lieues des délires qui le lient à Olivier Barroux, il est brillant dans son rôle sobre et tout en retenue, campant un homme incapable de dire aux gens qu’il les aime. Il est simplement émouvant, et rappelle un peu la performance qu’avait offert Bernard Campan dans Se souvenir des belles choses, après Les trois frères et autres Rois Mages. Tout simplement fabuleux.
…Par la mise en scène qui a tout bon : pas de fioritures, elle se fait oublier et laisse la place aux comédiens.
…Par cette histoire d’un père pudique et généreux qui veut protéger sa fille sans le lui dire. Un homme qui avoue, par des chemins détournés, qu’il redoute de voir sa fille suivre son exemple, lui qui a raté sa vie.
…Par cette histoire humaine sur la difficulté d'avouer aux gens qu'on les aime (thème cher au réalisateur), qui suggère cet amour profond en évitant un déballage de sentiments trop mal édulcorés.

Malgré ses défauts (mais qui n’en a pas !), Je vais bien… est donc à voir sans modération pour les âmes sensibles. Quant aux phobiques des bons sentiments, ils peuvent y aller aussi : Philippe Lioret a réussi son adaptation en évitant la sensiblerie. Je vais bien… est comme les gens qu’on aime : imparfait, mais vrai.

Et donc, à peine sortie du cinéma, je m’engouffre dans une librairie, à la recherche du livre éponyme dont est tiré le film, et je me plonge dans le roman d'Olivier Adam.
C’est un brin déçue que j’en émerge un peu plus tard : après le superbe film que je viens de voir, ce que je tiens dans mes mains est plutôt insipide.

Claire (nom de Lili dans le roman) semble avoir fait le deuil de son frère, l'histoire se déroulant sur plusieurs années dans l'œuvre littéraire. Elle semble un peu niaise comparée à une Lili lucide, d'autant plus qu'elle vit dans l'ombre de son frère : un Loïc qui faisait tout mieux qu'elle, qui saurait paraître à l'aise là où elle est gauche, qui saurait se débrouiller dans les situations où elle panique, qui saurait la protéger, bla bla bla… Là où Claire se morfond, Lili est révoltée. Et même si toutes les deux partent finalement à la recherche du frère, la réaction semble improbable chez Claire, alors qu'on ne conçoit pas que Lili fasse autre chose.

Une jeune fille marquée par la disparition de son frère, officiellement parti de la maison sans laisser d'adresse, mais dont le décès est caché par les parents : certes la trame de l’histoire est la même. Mais il manque au roman ce qui fait tout le sel du film : l'extrême. La lucidité de Lili, sa colère, sa détresse.
Les mots seraient-ils impuissants à décrire une discrète mais irréfutable preuve d’amour d'un père pour sa fille avec suffisamment d'émotion ?
Car je n’ai pas vu la trace de tout cet amour dans le roman, c’est probablement de là que vient ma déception.

Du coup, même si Olivier Adam a la réputation d’être un excellent romancier, j’hésite encore à me pencher sur ses autres œuvres. Par contre, sachant ce que Philippe Lioret a fait de Je vais bien…, il est probable que son prochain film m’attire vers les salles. Juste pour voir…

Générique
Je vais bien, ne t’en fais pas
Réalisation : Philippe Lioret
Scénario: Philippe Lioret et Olivier Adam, d’après un roman de Olivier Adam
Interprètes: Mélanie Laurent, Kad Merad, Julien Boisselier, Isabelle Renauld, Aïssa Maïga, Simon Buret…
Musique : Nicola Piovani
Photographie : Sacha Wiernik
Origine: France
Durée: 1h40