24.10.2007

« L'HORREUR… », par Ceelya

Casualties of War de Brian De Palma (1989)

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L'avantage avec les films de guerre, c'est que tant qu'il y aura des Hommes, ils seront toujours d'actualité.




En 1989, Brian De Palma adaptait une histoire vraie publiée dans le New Yorker en 69. Il y était question de viol et de meurtre commis par un groupe de GI sur une Vietnamienne.

Le Vietnam. Nam pour les intimes. Théâtre d'atrocités en tous genres, comme toute guerre, et page incontournable de l'histoire américaine moderne. Pourquoi y revenir si l'on a déjà vu Apocalypse Now, Voyage au bout de l'Enfer ou Full Metal Jacket pour ne citer qu'eux? Eh bien...avec mes humbles moyens, c'est ce que je vais tenter de vous expliquer.
On retrouve dans cette oeuvre des ingrédients DePalmien au service d'une histoire très forte, loin des thrillers ou polars qu'il avait faits auparavant. Les somptueux mouvements de caméra sont là (beaucoup de steadycam), le motif du double (Thuy Thu Le interprète aussi la vietnamienne du bus), ainsi que le « faux » split-screen et l'omniprésence de la musique. Le tout repose sur les épaules de deux acteurs extrêmement intenses et tout à fait antagonistes: Sean Penn respire la violence. Son visage semble presque taillé au couteau: nez parfaitement droit, joues qui peinent à se déformer sur le chewing-gum qu'il mâche en permanence, carrure du GI idéal avec en prime des yeux bleus glacés et un discours qui fait froid dans le dos.
Michael J. Fox est morphologiquement son opposé: visage beaucoup plus doux avec des formes rondes, nez retroussé, taille plus petite, des yeux bleus plus ombragés et des paroles qui trouvent écho en nous. Les deux se confrontent sous le coup d'une haine et d'une incompréhension qui suinte sur chaque plan à partir de l'enlèvement et qui pose les bases d'une autre guerre: punir un meurtre...dans le contexte d'un conflit.
Mention spéciale à tout le groupe comprenant John C. Reilly (Hatcher le simplet), John Leguizamo (Diaz le faible) et Don Harvey (Clark le psycho) : un trio riche en différences qui soutient avec brio les deux fortes têtes.

Parmi tous ces GI qui ont fait la guerre, c'est une erreur de croire qu'ils étaient interchangeables...seuls les hauts fonctionnaires pouvaient penser ça et les réunir en masse sous l'étiquette « chair à canon ».

Je ne sais pas si nous devons chercher des traces d'humanité chez ces hommes ou si nous devons pâlir à la vue des bêtes que certains sont devenus. Mettez à l'épreuve votre degré d'empathie et vous verrez bien. Quoiqu'il en soit, vous verrez un soldat du nom de Eriksson contestant les ordres/horreurs de son sergent mais qui ne peut pas grand chose pour les empêcher.

Bien sûr, notre morale d'occidentaux confortablement assis dans un fauteuil à regarder un DVD n'ira pas prendre parti pour le sergent Meserve et De Palma le sait très bien...aussi particulière que soit l'histoire qu'il raconte, LA guerre en elle-même est toujours remise en question.

La porte est ici ouverte et Meserve est visiblement lui-même le produit d'un acte de toute façon inexcusable: une guerre...

Pourtant, parmi ces produits, il y a le bleu Eriksson. Peut-être est-il d'ailleurs ainsi parce qu'il est bleu...

Loin d'être un héros militaire, Eriksson n'est pas un Stallone ou un Willis s'aventurant seul dans la jungle, les cartouches en bandoulière. Interprété de façon impeccable par Michael J. Fox, cet homme semble abolir une distance par sa banalité de prime abord, et finit par nous faire croire qu'on peut rester humain dans ces conditions...et que « l'acte héroïque », s'il en faut un, consiste peut-être en ça. Non loin de lui, le sergent Meserve joué par un Sean Penn qui glace le sang vient contrebalancer cette idée et amène à nous interroger nous-mêmes sur notre propre nature: duquel des deux serions nous le plus proche dans les mêmes conditions? Question fausse qui oserait mettre à la portée de notre imagination ce que ces GI ou Viêt-Congs ont vraiment vécu.

Alors, comment juger l'un ou l'autre en fin de compte?

Hé bien...c'est peut-être la mauvaise question s'il n'y a pas de réponse.

Comment ce bleu reste-t-il intègre quand beaucoup deviennent fous? Et pourquoi fait-il attention à chacune de ses actions sachant qu'elle peut-être la dernière alors que beaucoup fonctionnent en sens inverse?

Celles-ci n'ont peut-être pas de réponses non plus, mais les questions prolongent la durée de vie d'un film après sa projection alors, autant en poser un maximum.

C'est dur d'aborder de si vastes sujets, et c'est impossible que j'y arrive. Seulement, on s'éloigne facilement d'un objet filmique quand il y a des choses « plus grandes » si près.
Pourtant le film ne souffre vraiment d'aucun mal.
La mise en scène est celle que l'on connaît de De Palma, soignée et intelligente, et l'écriture est impeccable. Bien que certaines répliques soient particulièrement fortes, les dialogues s'effacent souvent au profit des images que vient souligner, avec une incroyable puissance, la musique terrible et sublime à la fois du grand Ennio Morricone.

Alors oui, c'est vrai, c'est la même guerre que dans Platoon, mais vous ne l'avez pas déjà vue. Dans celle-ci, il y a peut-être pire qu'être GI, il y a être sous leur protection.

Générique :
Casualties of War (titre français Outrages)
Réalisateur: Brian DE PALMA
Scénariste: Daniel Lang (auteur du livre original) David Rabe (scénario)
Musique: Ennio MORRICONE
Acteurs: Michael J. FOX, Sean PENN, Don HARVEY, John C. REILLY, John LEGUIZAMO, Thuy THU LE, Erik KING, Jack GWALTNEY, Ving RHAMES, Dan MARTIN, Dale DYLE.
Bonus DVD : Entretien avec Michael J. Fox + Making Of + Bandes annonces : Les Larmes du Soleil et Le Patriote

11.05.2007

BRELAN D'AS POUR CASINO ROYALE, par Cut.

Sortie en DVD le 22 mai prochain du dernier James Bond. Rejouez la partie !

Casino Royale de Martin Campbell

Fin novembre 2006, la sortie du nouveau Bond me laissait perplexe. Mon hémisphère droit était tout éxité à l'idée de retrouver cet « ami so british » et le gauche redoutait de se retrouver encore une fois devant l'équation (à aucune inconnue) = Grosse pubs pour marque de luxe + Belles plantes passablement intelligentes + intrigues basiques et enfin, Bad boy à la mégalomanie caricaturale.

Á l'issue de la projection, l'hémisphère droit, celui de la passion avait pris l'ascendant et mon coeur de fan, celui des « Docteur No » et des « Bons baisers de Russie » battait de nouveau. Au début de ce film, James Bond n'as pas encore son matricule d' agent secret et les 00 qui vont avec. Le spectateur suit donc avec attention le « rite de passage » d'un petit bleu. Ce qui n'as rien à voir avec la biture que subissent certains étudiants pour rentrer dans certaines confréries (Pas de pub s'il vous plaît!)

Puis lorsque le blondinet (c'est pour se démarquer de ces prédécesseurs. En même temps, le cliché du Britannico-Irish Lover, c'est quelque peu daté, n'en déplaise au sieur Connery et Brosnan) promu super agent au sourire ultrabrithe entre en action pour sa première grande mission, c'est pas pour rigoler.

Le millésime 2006 conserve toujours quelques répliques pinces sans rire, est plutôt branché sporstwear dans les moments d'actions pures ou il n'hésite pas à suer tel un vrai mâle, reçoit autant de beignes qu'il en donne mais garde toujours la même classe lors des réceptions-cocktails dans son costard toujours impeccable sans pellicule. Bref, le modèle 2006 est un concentré de puissance et de raffinement.

Dans cette dernière mouture, notre homme au pistolet d'or l'a presque substitué à un coeur de même acabit mais ne peut pour autant prétendre à la succession de Mère-Thérésa. Au contact de Vesper Lynd femme belle au caractère bien trempé, il n'a pas toujours le dernier mot. Ce qui donne à leurs joutes verbales un parfum plutôt bienvenu puisque décalé comparé à l'éternel credo du « sois belle et tais toi » des James Bond antérieurs. Mads Milkkelsen, acteur d'origine danoise, apporte sa froideur scandinave au personnage du Chiffre, le méchant du film. Ces ambitions sont moins importantes que ses prédécesseurs et plus réalistes. Le chiffre est une sorte de « super banquier » des terroristes qui à la mauvaise idée de vouloir impressionner Bond avec l'argent de ses commanditaires au cours d'une partie mémorable de poker organisé dans le Casino Royale qui donne son titre au film.

Enfin ce n'est pas un hasard si pour relancer une franchise qui commençait à s'essouffler les producteurs ont fait appel au réalisateur Martin Campbell. C'est lui qui a apporté un souffle plus rythmé et moderne à la saga avec GOLDENEYE en 1995 privilégiant l'action et la psychologie des personnages face aux gadgets et effets spectaculaires. Il se révèle très talentueux dans cet épisode pour imprégner aux scènes de poker une atmosphère lourde et tendue à l'aide des déplacements de caméra et de son montage qui est à des années lumière d'un tournoi à Las Vegas avec un certain Patrick Bruel.


Générique :
Casino Royale
Réalisateur: Martin Campbell
Interprétation: Daniel Craig (James Bond), Eva Green (Vesper Lynd), Mads Mikkelsen (Le Chiffre), Judi Dench (M), Jeffrey Wright (Félix Leiter)
Scénario: Neil Purvis, Robert Wade, Paul Haggis, d'après le roman de Ian Fleming
Directeur de la photographie: Phil Méheux
Musique: David Arnold
Production: Michael G. Wilson, Barbara Broccoli,
Distribution: Gaumont Columbia TriStar
Durée: 2h18
Date de sortie DVD: le 22 Mai 2007

05.02.2007

12 juillet 1971 – Turin, Milan et Rome. par Quentin C.

medium_4_mouches.jpgA cette date, en ces villes furent tournés les rushs de Quatre mouches de velours gris (Quattro Mosche di velluto grigio), dernier volet d’une trilogie dite “animale” entamée en 1970 avec un volatile rarissime (L’Oiseau au plumage de cristal) poursuivi en 1971 par un Chat à neuf queues, cette dernière oeuvre restant d’après son auteur Dario Argento, la moins aboutie de sa carrière.

Visionner Quattro Mosche di velluto grigio, film incompréhensiblement méconnu, c’est découvrir les différentes marques de fabrique d’un réalisateur dont l’oeuvre est bien trop souvent réduite à Suspiria. (Dans le meilleur des cas à Suspiria et Profondo rosso).
Dès le générique proposant la vision d’un coeur rosâtre palpitant sur fond noir en alternance avec les amorces d’une histoire, les maîtres mots du cinéma d’Argento sont exposés, compromis permanent entre beauté plastique de plans invraissemblables à la qualité haptique souvent nauséabonde – luisance de l’organe en mouvement mise en valeur par ses déformations provoquées par les pulsations – et prise en compte d’un spectateur italien avide d’intrigues policières cohérentes riches en rebondissements et ponctuées de meurtres sadiques (invariablement perpétrés par un assassin mystérieux aux mains gantées, vêtu d’un gigantesque imperméable et coiffé d’un chapeau dissimulant son visage).
En découle une esthétique basée sur les interruptions de récits d’enquêtes sanglantes par des excès de caméra dont Argento a le secret et dont la force visuelle ainsi que la presque-inutilité sur le plan narratif font suspecter un simple et sympathique désir d’émerveiller le spectateur et ce, de façon gratuite, généreuse et enthousiaste. Tenebrae est un exemple frappant, proposant un complexe mais sublime mouvement de caméra ininterrompu de trois bonnes minutes autour de l’immense demeure d’un couple homosexuel avant sa mise à mort grandiose et anti-mimétique. On trouve déjà ce goût prononcé pour les grâcieux pano-travellings dans Quattro Mosche di velluto grigio, Argento donnant à voir le parcours de la voix d’une femme de chambre en filmant les lignes téléphoniques qui la relient au combiné du meurtrier, avec lequel elle se livre à un odieux chantage qui lui coûtera la vie. Quatre mouches de velours gris concilie donc avec une aisance déroutante originalité des plans et progression de l’intrigue.
Le point culminant de ce curieux mélange narratif et plastique est incontestablement la présentation de l’oeil dégoulinant d’humeur vitrée de l’une des victimes du meurtrier délogé de son orbite par la police scientifique afin de découvrir, au moyen d’improbables appareils high-tech, la dernière image imprimée sur la rétine avant la mise à mort. Le résultat plus que déroutant – quatre mouches disposées en arc de cercle – permet, par la suite, l’identification du meurtrier, évoquant le dénouement du film Il Gatto a nove code, également basé sur une théorie scientifique (génétique, cette fois) des plus douteuses.
Le cinéma de Dario Argento explore le corps humain, prélevant des images photographiques sur ses globes oculaires, interrogeant les chromosomes de ses cellules, offrant des visions internes de l’organisme fascinantes bien que dépourvues de réalisme, (œsophage d’Asia Argento avalant des médicaments reconstitué en images de synthèse peu crédibles dans Stendhal Syndrom; introduction de flash-backs par les tressautements sur-éclairés des circonvolutions du cerveau du meurtrier de Terror at the opera, etc.). En magnifiant et en déconstruisant les corps de ses acteurs (récurrence des gros plans sur des détails anatomiques d’êtres à la beauté exaltée par la mise en scène), en les anéantissant (sadisme des meurtres aboutissant à l’exhibition de cadavres mutilés-œuvres d’art), Argento, proclamé « maître de l’horreur » par la critique, se présente comme un digne héritier de Mario Bava dans la tradition du giallo. On attend beaucoup du dernier volet de sa Trilogie des Trois Mères lequel devrait s’intituler si l’on en croit les rumeurs de la Toile Mater Lacrimarum, faisant suite au célébrissime Suspiria et au non-moins délicieux Inferno.

ATTENTION! A l’heure actuelle, le DVD du film Quatre mouches de velours gris n’a été édité dans aucun pays du globe. Toute personne le proposant à la vente s’est livrée à une pratique illégale (copie souvent médiocre d’une VHS sur support DVD) à but lucratif qui ne profitera en aucun cas à l’acheteur, la qualité de l’image et du son étant pitoyable.

Titres originaux des films constituant la Trilogie Animale
L’Uccello dalle piume di cristallo (1970)
Il Gatto a nove code (1971)
Quattro Mosche di velluto grigio (1971)

Générique:
Quattro Mosche di velluto grigio
Titre français: Quatre mouches de velours gris
Titre états-unien: Four Flies on Grey Velvet
Réalisation: Dario ARGENTO
Production: Salvatore ARGENTO
Interprétation: Michael BRANDON (Roberto Tobias), Mimsy FARMER (Nina Tobias), Jean-Pierre MARIELLE (détective Gianni Arrosio), Satta FLORES (Andrea).
Musique: Ennio MORRICONE
Sortie française: 12 juin 1973. (Version amputée de cinq minutes!)
Durée: 105 mn
Format: 1x2.35 [Cinemascope] – couleur – 35 mm.

08.01.2007

L'HABIT NE FAIT PAS LE MOINE, par Pirate

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Véritable incitation au rêve et au voyage, ce chef d’œuvre d’un maître incontesté de l’art du conte, entraîne petits et grands dans un monde où les légendes, la magie, l’homme et la machine cohabitent, et où les apparences sont toujours trompeuses.




Le Château Ambulant de Hayao Miyazaki (2004)

Résumé
Sophie, une jeune fille de 18 ans, fait par hasard la rencontre du séduisant magicien Hauru (prononcé a – o – rou). Malheureusement, la Sorcière des Landes, amoureuse du jeune homme, se méprend sur leur relation et jette un sort à Sophie qui transforme cette dernière en vieille dame de 90 ans. Contrainte d’accepter son état, Sophie va fuir sa ville et trouver refuge dans le château ambulant, repère d’Hauru, où elle va s’engager d’elle-même comme femme de ménage. Elle va alors découvrir le monde de la magie, mais également l’amour, et vivre une incroyable aventure qui va la mener, finalement à recouvrer sa véritable apparence.

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Merveilleuse histoire, ce dessin animé est un véritable enchantement que l’on ai 7 ou 77 ans. Mais, si ce conte de fée est incontestablement séduisant ne serais-ce que par son récit, les thèmes qu’il aborde et le traitement qu’il en propose, lui donnent une dimension morale ou philosophique,
S’il est une chose importante dans ce dessin animé, c’est la façon dont il se joue de tout, mais surtout des apparences. En effet, chaque personnage est atypique et porte en lui une contradiction. Sophie a l’apparence d’une dame de 90 ans mais elle est en fait une jeune fille de 18 ans, Hauru nous apparaît comme un grand et séduisant magicien, mais il n’est en réalité plus qu’un démon froussard, Calicifère est un démon terriblement attachant, la Sorcière des Landes, bien plus vieille qu’elle ne le paraît se révèlera être un personnage drôle et sympathique, quant à la magicienne Suliman, ancien professeur d’Hauru, elle est bien moins placide qu’on ne pourrait le croire. Ainsi, tout le film est construit sur cette ambivalence et sur l’inconstance des apparences, sur un jeu incessant entre intérieur et extérieur. Cette ambivalence se retrouve d’ailleurs sur tous les éléments du film. Outre le background qui oscille entre climat de guerre et merveilleux, le spectateur sera charmé, surpris, ou les deux, par les diverses ouvertures sur l’extérieur que propose le château, par les parfois infimes changements qui opèrent sur le corps de Sophie au fil du récit, par le charmant magicien qui n’a plus de cœur et qui pourtant attend de tomber amoureux ainsi que par son attachement puéril à sa beauté qui n’est pourtant pas son véritable visage, mais surtout par les sentiments qu’il éprouve tout au long du métrage et qui sont aussi changeants et évolutifs que les personnages qu’il regarde. Effectivement, pour la majorité des personnages qu’il rencontre, le spectateur est amené tantôt à les aimer à la folie, tantôt à les détester ou du moins à prendre de la distance vis-à-vis d’eux ; (les exemples les plus emblématiques étant celui de la Sorcière des Landes d’une part, qu’on déteste pendant la première moitié du film, et qu’on se met à aimer, petit à petit jusqu’à s’y attacher dans la seconde moitié, et d’autre part celui d’Hauru, séduisant et puissant magicien mais en réalité un démon sans cœur pourtant plein de bons sentiments et qui peut prendre nombres de formes).
Il s’opère donc (et logiquement) un processus de contre emplois tout au long du métrage et dont l’exemple le plus frappant étant, (pour ne citer que lui et laisser un peu de surprise à tous ceux qui n’ont pas vu le film), celui qui fait de Sophie le prince charmant, le sauveur, et d’Hauru, la princesse prisonnière d’un démon qui attend d’être secourue par l’être aimé.
Enfin, de façon brève, et pour terminer, cerise sur le gâteau, l’animation est d’une rare beauté, et donne vie à des séquences inoubliables, comme la « marche dans le ciel » de Sophie et d’Hauru lors de leur première rencontre, ou encore la séquence qui se déroule dans le passé plein d’étoiles filantes du magicien. Je vous invite également à faire un tour dans la chambre du jeune homme, je suis sure que vous n’avez jamais rien vu de tel.
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NB : Je ne voudrais pas terminer sans un clin d’œil spécial à Calcifère, au Navet et au petit chien « asthmatique », tant ils sont attachants et méritent un sourire tendre.

NB deuxième : Si la version originale est quoi qu’il en soit magnifique, dans la version française, Hauru est doté d’une voix si belle (Rémi Bichet) qu’elle transforme presque le personnage, ou du moins lui donne encore plus de charisme. Un régal.
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Générique:
Le Château Ambulant
D’après le roman de : Diana WYNNE JONES, « Le Château de Hurle»
Scénario : Hayao MIYAZAKI
Réalisation : Hayao MIYAZAKI
Musique : Joe HISAISHI
Production : Toshio SUZUKI – STUDIO GHIBLI

15.11.2006

VALEURS FAMILIALES par Ceelya

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Six ans avant The Yards, James Gray faisait de son premier film une œuvre peu reconnue et pourtant sublime.




Little Odessa de James Gray (1994)

Ca commence en apnée : un homme sur un fond noir ouvre les yeux. Avec la naissance du personnage de Josh sur ce fond, James Gray entre dans le vif du sujet. L’économie de mots tout au long du film sera justifiée par la clarté d’une mise en scène sublime qui sait à chaque moment quelle idée servir.

Une des plus palpables et sans aucun doute celle de la famille vers laquelle le personnage va revenir après avoir été introduit tour à tour dans un état fébrile et silencieux et dans celui d’émancipation : donner la mort juste après être né.

C’est autour de la mère que les deux fils vont tisser cette chose entre eux, ce lien familial à coup de « je t’aime » pour Reuben, le plus jeune, et de « dégage » pour Josh dont la sensibilité ne se ressent jamais, à l’exception de quelques fulgurances : une réplique dite vite, un micromouvement….

Tim Roth semble porter son visage comme un masque, témoignant à la face du monde et de sa famille de l’indifférence qu’il lui porte. Comment faire autrement quand on a été renié, qu’on a essayé de prendre les rennes et que le cheval s’est débattu ? Comment faire autrement quand notre propre mère, la mort à son chevet, rêve que l’on change ? S’armer d’indifférence envers les douleurs pour ne pas qu’elles nous touchent. « Pas de corps, pas de meurtre » dit Josh. « Pas d’affect, pas de douleur » semble dire son visage.

Edward Furlong adopte le même masque, extrêmement peu de micromouvements, économie de dialogues, jamais un sourcil ne se hausse, jamais les lèvres ne s’élargissent…comme pour Tim Roth. Et pourtant, le résultat est exactement l’opposé. Derrière ce masque suinte la sensibilité exacerbée de son porteur qui ferait tout, absolument tout pour son frère et qui ne l’atteint qu’à la fin dans ce travelling qui s’avance vers Josh et par lequel on voit qu’il a pris le masque de Reuben.

On aurait pu croire que le physique des deux acteurs invitait le spectateur à palper cette différence sur leurs visages, celui d’Edward Furlong étant fin et fragile, en parfait contraste avec celui, plus rugueux et épais, de Tim Roth. C’est pourtant bien à l’intérieur que cela se passe, comme le démontre le tout dernier plan précédé d’une magnifique scène fantasmée ou bien vécue plus avant et non sous nos yeux et grâce à laquelle le visage de Josh devient d’un seul coup plus expressif.

Il faut à présent parler de la mère, épicentre d’un séisme dont les failles vont atteindre les enfants, et du père qui va les y faire tomber.
Vanessa Redgrave s’immerge dans le rôle avec une force incroyable. Ses yeux bleus ont une façon unique de regarder dans le vide et d’y voir ses fils perdus pour elle. Mais son désir de voir Josh changer et s’occuper de son frère est aussi sincère que cette angoisse, ajoutée à la douleur intense de sa maladie qui rappelle à ses deux fils combien ils l’aiment, même si ça passe ailleurs que sur leur visage. D’un point de vue tout à fait subjectif, la scène dans laquelle Josh embrasse sa mère dans le cou alors qu’elle regarde ailleurs, loin ailleurs, est une des plus belles qu’un film m’ait montrée à ce jour.

Le père quant à lui, loin d’être absent, est l’unique vestige actant de la grande et vraie Odessa. Acharné dans l’enseignement de vieilles valeurs et d’une vieille culture à l’opposée de celle, plus permissive, que peut offrir les Etats-Unis à un jeune homme tel que Reuben, le père ne sait pas s’interroger…sûrement n’a-t-il pas lui-même appris. Le père, quand il parle avec le cœur, s’apitoie sur son sort. Il illustre le mieux ces anciens qui ont ramené Odessa avec eux, et qui souhaitent la maintenir sans être « parasités » par l’Amérique…du moins pas dans la façon dont ils éduquent leurs enfants.
Les coups volent donc, violents comme le choc des cultures, comme la déchirure d’une famille aux générations trop différentes pour s’entendre.

Little Odessa : Un bijou au sujet dense et intense qui ne saurait laisser de marbre.

Générique:
Little Odessa
Réalisation: James GRAY
Scénario: James GRAY
Interprétation: Tim ROTH, Edward FURLONG, Moira KELLY, Vanessa REDGRAVE, Maximilian SCHELL, Paul GUILFOYLE, Natalya ANDREJCHENKO, David VADIM, Mina BERN, Boris McGIVER, Mohammed GHAFFARI, Michael KHMUROV, Dmitry PREYERS, David ROSS, Ron BRICE, Jace KENT, Marianna LEAD, Gene RUFFINI, Leonid USHER.
Musique: Dana SANO, Arvo PÄRT
Durée: 1h38

Bonus DVD: Filmographies Tim ROTH et Edward FURLONG + Bande Annonce + Interview d'Edward FURLONG

13.11.2006

BIENVENUE A DEAUVILLE ! par Quentin C.

De Tchaïkovski à Chopin en passant par la musique rock.

Avis à tous ceux qui ont vu et aimé Welcome to the dollhouse (Bienvenue dans l’âge ingrat)medium_welcome_to_the_dollhouse_ver1.jpg de Todd Solondz sur ARTE (nombreuses diffusions ces dernières années)! Le film est enfin sorti en DVD (sans bonus, proposant seulement un choix de langue: V.O.S.T. ou version française déplorable), dans le coffret n°3 de la série « Deauville – le Meilleur du cinéma indépendant américain » [TF1 video] incluant également Keane et Mariage et conséquences.


Welcome to the dollhouse de Todd Solondz (1995)

Présenté par la chaîne ARTE comme une « œuvre jouissive », ce film a subi des préjudices liés à sa retransmission: mauvais rendu du traitement éblouissant des couleurs, du travail sur la crudité de la lumière aussi impitoyable que les personnages croisés par Dawn Wiener, une collégienne de onze ans découvrant les affres de l’adolescence, souffre-douleur de ses camarades de classe, aînée d’une horripilante gamine en tutu rose-bonbon, et cadette d’un bûcheur arriviste, piégée dans un monde ultra-conformiste où elle tente de trouver sa place, de se faire aimer, de faire entendre sa voix.

Compte tenu de la grande diversité des musiques exploitées dans le film, on est tenté de considérer que Todd Solondz nous fait nous intéresser davantage aux rapports entretenus par l’image et la bande originale qu’à l’histoire à proprement parler: une année de la pré-adolescence de Dawn.
En effet, des percussions accompagnées d’accords sauvages de guitare électrique soulignent systématiquement la violence des sentiments (jalousie, colère, honte, indignation) éprouvés par le personnage principal. Leitmotiv toujours en parfaite « harmonie » avec les déplacements de caméra et les bruitages qui sont autant de prétextes judicieux pour faire entendre la musique tribale.
Certains morceaux ne se contentent pas de souligner la force dramatique de séquences sordides (telles que celle où madame Wiener contraint sa fille Dawn à dire « I love you » à son hypocrite et exaspérante petite sœur), la musique allant jusqu’à surligner les propos des personnages, conférant à la gravité des mots une dimension grotesque qui tiraille le spectateur entre rire cruel et empathie. Par exemple, suite à l’enlèvement de la petite sœur de Dawn, la mère de famille reçoit un appel des enquêteurs après quoi elle s’effondre en larmes en déclarant « they found her tutu », rendant l’hypothèse du viol/meurtre plus que probable alors que se font entendre les puissants cuivres du Lac des cygnes ; un renforcement donnant dans le tragique excessif qui fait perdre à la scène son ton réellement pathétique. (Ironie du sort, la petite peste est ramenée à la maison par la police un quart d’heure plus tard, ravie d’avoir été séquestrée.)
Welcome to the dollhouse nous perd dans un mélange heureux de séquences régies par des musiques extrêmement différentes, chaque fois dans un but différent: nous faire haïr la petite sœur dansant inlassablement dans le jardin des Wiener sur l’air de la Fée Dragée (Casse-noisettes de Tchaïkovski), présenter la naissance d’un amour tantôt à renfort de violons caressants, tantôt à coups de musique rock, nous faire éprouver des sentiments exacerbés par la mise en scène et contradictoires… Lorsque Dawn joue maladroitement sur un piano de mauvaise qualité à l’élu de son cœur – un bellâtre indifférent – la Valse des Adieux de Chopin, un attendrissement mêlé de pitié s’empare du spectateur subjugué par une mise en scène magnifiant la collégienne insignifiante.
Subtil patchwork douillet et poisseux aux couleurs agressives, fait de pièces de tissu grotesques et d’étoffes sublimes, Welcome to the Dollhouse rend, toujours avec justesse, les sentiments qui se bousculent à l’intérieur du personnage principal, chahutant gentiment le spectateur qui ressort misanthrope et philanthrope de cette impitoyable satire de la société états-unienne, Todd Solondz présentant cette dernière sous un jour on ne peut moins favorable avec un éclairage vitriolé que le DVD rend à la perfection.

Générique:
Welcome to the dollhouse
Réalisation: Todd SOLONDZ
Scénario: Todd SOLONDZ
Interprétation: Heather MATARAZZO (Dawn Wiener), Daria KALININA (la petite sœur Missy), Matthew FABER (le grand frère Mark), Angela PIETROPINTO (Mrs Wiener), Bill BUEL (Mr Wiener), Brendan SEXTON III (Brandon) et Eric MABIUS (Steve Rodgers).
Musique: Jill WISOFF
Durée: 1h28

07.11.2006

UNE PREMIERE POUR LE DVD ! par Quentin C.

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Le spectateur « DVDvore » peut intervenir de façon cohérente dans le déroulement d’un film!




Destination finale 3 de James Wong (2006)

Destination Finale 3 est un mauvais film dans la mesure où l'image est peu soignée (ce qui, pour une œuvre cinématographique – alliage d’éléments visuels et sonores – pose problème). Regrettable, notamment en ce qui concerne le déraillement du grand-huit (dans le flash-forward d’ouverture) pourtant bien introduit – rapport à la montée de l'adrénaline assurée en grande partie par la savante musique de Shirley Walker.
Cela étant, le film réserve d'excellentes surprises telles qu’une vanité cinématographique : la mise à mort d’Ashlyn et Ashley, deux lycéennes mordues de tanning (bronzage artificiel).
Comme dans toute vanité (au sens pictural du terme) qui se respecte, le motif du crâne humain apparaît. Voir les visages radieux des deux adolescentes portant des lunettes de protection contre les U.V . En effet, à la lumière bleue des rayons artificiels elles dessinent des orbites sur les minois souriants des jeunes filles.
Que font Ashlyn et Ashley, enfermées DANS les tanning-beds (dont la fonction – accueillir un corps allongé – évoque sinistrement le motif du cercueil) DANS la tanning-room, DANS le salon de beauté, alors qu’un orage éclate (un coup de tonnerre salue l’entrée en scène des lycéennes avant leur mise à mort) sinon refuser la pluie (l’eau naturelle) pour bénéficier des rayons artificiels de lampes solaires ? Leur mort par le feu devient donc possible – elles sont « à l’abri » de la pluie – et légitime : il est en effet anormal de bénéficier de rayons solaires alors que des nuages noirs obscurcissent le ciel .
Vanité (punie) de l’Homme devant la nature, qui, à trop vouloir l’imiter afin de la supplanter (des UVA à la place de rayons de soleil) s’expose à des dangers « haute-technologie ».

Est-ce alors un hasard si l’on voit les quatre éléments aristotéliciens (l’air climatisé, la condensation d’eau sur un gobelet de soda, un palmier dans un pot rempli de terre et des étincelles provoquées par un court-circuit pour le feu) se liguer contre les deux personnages en interagissant jusqu’à provoquer un incendie mortel?
Incendie auquel les lycéennes n’échappent pas, incarcérées dans leurs tanning-beds par une planche noire coincée dans les poignées des lits/cercueils blancs, enfermées enfin dans un espace obéissant à une logique de symétrie axiale presque parfaite, où un porte-manteaux et un palmier de décoration se répondent, disposés de part et d’autre de la porte d’entrée de la salle de bronzage.
Ces deux éléments obéissent donc à la symétrie axiale régissant l’aménagement de la pièce, soit. Mais un porte-manteaux et un palmier, ce n’est pas la même chose et, en ce temple impitoyable de l’uniformisation qu’est le salon de beauté, ils sont amenés à disparaître de l’image (en tombant) pour participer activement à la mise à mort « accidentelle » d’Ashlyn et Ashley par le feu. En effet, le porte-manteaux fait choir le palmier sur l’étagère noire qui chute à son tour pour verrouiller les tanning-beds avant que l’incendie ne se déclare. Par conséquent, l’élimination de la diversité, du non-conforme, entraîne la disparition du Vivant.
On peut donc voir la mise à mort des deux adolescentes comme un exposé des conséquences mortifères de l’uniformisation des individus et du manque d’humilité de l’Homme face à la nature, lui préférant des univers ultra-géométrisés équipés de dispositifs électroniques sophistiqués pour des raisons futiles, (le soin excessif apporté à son apparence physique).
(NB : L’apothéose de cette vanité cinématographique se situe certainement dans un plan perturbant présentant le visage terrifié d’Ashley à travers une vitre en train de se fendiller sous l’effet de la chaleur dégagée par les lampes solaires déréglées.)

Donc, sous des aspects de blockbuster sans originalité pour teenagers en mal de sensations fortes, Destination Finale 3 offre des scènes et spectaculaires et passionnantes !
Ajoutons que la réflexion (bien trop discrète) sur le rapport image fixe photographique / photogramme de cinéma, atteignant un point culminant avec la mise à mort avortée de Kévin, entretient le plaisir du spectateur (malheureusement rationné en beauté plastique des images). Il pourra se consoler en intervenant dans le déroulement du film sur support DVD, en empêchant, en accélérant ou en modifiant les mises à morts des personnages sans que cela n’affecte la cohérence du récit. Evitant cet écueil, l’édition DVD va plus loin en proposant des alternatives de « meurtres » permettant d’appréhender certains éléments du film sous un angle différent.
Exemple: dans la « version-incendie » du double-meurtre d’Ashlyn et Ashley, les adolescentes sont indirectement tuées par l’implacable symétrie régissant la salle de bronzage, emprisonnées dans cette froide logique géométrique. Dans la « version-électrocution », elles périssent pour avoir réussi à échapper à cette symétrie axiale, créant un fatal déséquilibre.

La possibilité d’intervenir dans le déroulement du film (passionnant dans ses détails visuels et événementiels mais de relativement mauvaise facture) et ce, de façon intelligente, fait de l’interactivité de l’édition une source de plaisirs sans sombrer dans les travers du « DVD-jouet ».

Générique:
Destination finale 3 (titre original : Final destination 3 : cheating death).
Réalisation: James WONG
Scénario: Glen MORGAN et James WONG
Conception des personnages: Jeffrey REDDICK
Photographie: Robert Mc LACHLAN
Musique: Shirley WALKER
Interpretation: Mary Elizabeth WINSTEAD (Wendy Christensen), Ryan MERRIMAN (Kevin Fisher), Chelan SIMMONS (Ashley Freund) et Crystal LOWE (Ashlyn Halperin).
Date de sortie: le 22 mars 2006 en France, 10 février 2006 aux USA
Sortie DVD: le 19 octobre 2006
Origine: USA
Durée: 1h32
Site officiel: http://www.df3-lefilm.com/

19.10.2006

RÉDEMPTION, par Ceelya

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Sorti en 1992, Bad Lieutenant n’a rien perdu de sa force, apanage des œuvres dont les sujets retentissent à travers tous les âges.


Bad Lieutenant d’ Abel Ferrara (1992)

Le Bad Lieutenant passe sa vie entre paris perdus, shoots répétés, luxure et autres vices en tous genres jusqu’au jour où une jeune nonne se fait violer dans une église de Spanish Harlem.

Loin de s’identifier au Lieutenant (ou proche de le faire mais honteux de l’avouer), nous sommes face à un homme dont les péchés sont l’unique capital et l’assouvissement des vices la seule motivation.

Si seulement…si seulement Abel Ferrara et Zoe Lund n’avaient pas reflété la naissance du mal d’un siècle, si seulement Keitel ne lui avait pas donné sa chair, alors seulement on aurait pu le juger et satisfaire notre besoin de « justice » outrageusement subjectif et sortir de la salle, ou éteindre la télé en disant : « ce type est quand même un monstre. »

Mais le Lt. retentit à travers chaque alcoolique, chaque pulsion, réprimée ou non, chaque moment de solitude, sur chaque teinte de gris ou de noir qui lézarde notre façade. Il est au bout de la chaîne des potentialités de notre devenir en tant qu’individu…il est du côté de l’instinct qui finit par supplier le pardon pour avoir mal agit en criant haut et fort qu’il sait ce qu’il a fait : « I did so many bad things. »…mais il n’est pas à l’état d’animal, même s’il rampe à quatre pattes jusqu’aux pieds sanguinolents du Christ ressuscité.

Seul le corps de Keitel, ancien marine, ayant connu des jours pires et d’autres pires encore, pouvait élever le poids, le fardeau de cet homme, de ce père, de ce mari, de ce catholique qui a bien du connaître le bon côté de la médaille avant d’y voir son reflet dans le revers. Malgré la noirceur nocturne et pesante de cette œuvre si importante qui traverse avec acuité les questions d’humains et de dieux (les uns étant souvent les autres), c’est une fin positive qu’offre le film en dépit des apparences…ces apparences qui mettent en évidence la chair d’un humain, chair qui danse, se troue sous une seringue, se plisse au coin des yeux et sous la bouche quand le Lt. pleure, chair que rien ne différencie de la notre si ce n’est que le poids de nos jours n’a pas autant musclé nos épaules.

Parler de ce chef d’œuvre est une tâche à laquelle je devais m’atteler pour en éprouver la difficulté. Je ne peux en réalité que vous inviter à le regarder et à en parler à votre tour, car si les subjectivités se confrontent, elles se forgent aussi dans l’échange. N’hésitez pas à laisser des commentaires.

Générique:
Bad Lieutenant
Réalisateur: Abel Ferrara,
Scénario: Abel Ferrara et Zoe Lund,
Interprètes: Harvey Keitel, Zoe Lund, Victor Argo, Paul Calderon, Robin Burrows, Leonard L. Thomas, Frankie Thorn, Victoria Bastel, Paul Hipp.
Durée: 1h38.

Bad Lieutenant coffret collector :
1er DVD : le film
2ème DVD : documentaire Abel Ferrara : Not Guilty par Raffi Pits
+ deux analyses de séquences par Nicole Brenez
+ interview de Nicole Brenez sur l’univers de Zoe Lund
+ Hot Ticket, court-métrage de Zoe Lund.
Livret de 80 pages sur le film, rédigé par Nicole Brenez.

06.10.2006

NOM DE ZEUS ! par "Pirate"

medium_retour_vers_le_futur1.jpgDeLorean, gigo watts, commutateur temporel, Einstein… Ces mots sonnent à vos oreilles comme un air bien connu qu’on fredonne avec plaisir ? Rien de plus normal. Dans le cas contraire c’est un grave manquement au bon sens auquel il faut remédier le plus vite possible.

Retour Vers le Futur I, II, III de Robert Zemeckis. (1985, 1989, 1990)

Retour vers le futur. 1985. Marty Mc Fly (Michael J. Fox) est un adolescent comme les autres, ou presque. Ami de l’excentrique génie Doc Emmet Brown (Christopher Lloyd), il va se retrouver victime de la plus géniale de ses inventions, sa DeLorean à voyager dans le temps. Par un malheureux concours de circonstances, Marty va se retrouver en 1955. Dans ce passé qu’il ne connaît pas, une seule personne peut l’aider à retourner dans son époque, Doc lui-même mais de trente années plus jeune. Premier problème : le voyage dans le temps est permis par le plutonium que consomme la voiture ou à défaut, comme c’est le cas en 1955, par l’énergie de la foudre. Encore faut-il savoir où et quand elle va tomber. Deuxième problème : avant de retrouver Doc, Marty a malencontreusement rencontré ses futurs parents et empêché leur rencontre, ce qui compromet son existence même…

Retour vers le futur II. 1985. Marty vient à peine de revenir du passé que déjà il lui faut repartir. Doc, qui était parti voir le futur, vient lui annoncer que son futur fils à des problèmes, en 2015, et que ceci peut s’avérer désastreux pour l’avenir de sa famille. Problème réglé rapidement sauf que, de retour en 1985, rien n’est plus pareil. L’horrible Biff Tanen est devenu milliardaire et a épousé la mère de Marty. Ce dernier va alors découvrir que lors de son voyage en 2015, le vieux Tanen, qui les observait, s’est servi de la DeLorean à leur insu pour se rendre en 1955 et donner un précieux almanach à quelqu’un qu’il connaît bien, lui-même jeune. Cet almanach contient tous les résultats sportifs à venir dont le jeune Tanen va évidemment se servir pour devenir riche. Marty et Doc vont donc devoir retourner vers le passé pour détruire l’almanach et faire en sorte que les choses rentrent dans l’ordre. Mais, alors qu’ils s’apprêtent à rentrer en 1985, Doc au volant de la DeLorean va être malencontreusement frappé par la foudre. Marty se retrouve donc coincé une nouvelle fois dans le passé. C’est alors qu’un homme arrive de nulle part pour lui remettre une lettre qui porte l’inscription : « Ne pas ouvrir avant 1955 »…

Retour vers le futur III. 1955. Doc, vient d’être frappé par la foudre, ce qu’il l’a emmené en 1880, au Far West. Marty doit donc retrouver le Doc de 1955 afin que celui-ci le renvoie une nouvelle fois chez lui, grâce à la DeLorean que le Doc qui vit au Far West a habilement caché pour qu’il puisse la retrouver 85 ans plus tard. Malheureusement, ce retour va être compromis par un incident de taille : dans le cimetière de la ville, une tombe porte le nom d’Emmet Brown. En effectuant des recherches, Marty va alors découvrir que son ami a été tué en 1880 par un ancêtre de Biff Tanen. Il va donc devoir se rendre au Far West pour sauver Doc, avant de rentrer chez lui et de détruire la DeLorean…


Qui aujourd’hui ne connaît pas cette trilogie cultissime ? Et, question subsidiaire mais tout aussi importante : qui n’aime pas les Retour Vers le Futur ? Je n’ai jamais rencontré une seule personne dans ma vie qui n’ai jamais vu un des trois film pas plus que je n’ai rencontré quelqu’un qui n’ai pas aimé. Alors pourquoi écrire sur des films que tout le monde a vu et apprécié ? Je crois que c’est tout simplement pour le plaisir de parler encore et encore de tout ce qui fait le charme de ces œuvres. De plus, et j’en suis profondément triste, le génialissime et talentueux Christopher Lloyd, est décédé il y a peu de temps. Je suis sur que vous serez tous d’accord pour dire que cet homme n’a jamais eu le succès qu’il méritait malgré le fait qu’il ai intensément marqué nos esprits, et qu’il serait juste qu’on lui rende les hommages qui lui sont dus. Alors marquons une minute de silence à la mémoire de Christopher Lloyd Le Magnifique…
Une des nombreuses qualités de ces trois opus sont les performances des acteurs principaux. Géniaux dans des rôles qui leurs vont comme un gant, Michael J. Fox et Christopher Lloyd sont inoubliables ! Qui n’a pas été marqué par les jurons de Doc ou les courses poursuites en skateboard ou overboard de Marty qui finissent toujours dans les décors (ou le fumier) pour ses poursuivants ? Débordants d’énergie et d’humour, on a toujours beaucoup de plaisir à retourner inlassablement dans le futur en leur compagnie. Bref, il est difficile de ne pas paraître trop élogieuse à leur sujet tant ils sont jubilatoires tout au long des trois opus. Cependant, je ne doute pas être suivie de la grande majorité…
Le scénario est, quant à lui, tout aussi génial. Très originale pour l’époque, cette histoire est sans aucun doute bien écrite et bien pensée, d’autant que, et ce n’est pas le cas pour toutes les suites, les deux derniers opus ne perdent pas en qualité. Ce scénario un peu fou à d’ailleurs été nominé aux oscars (que nominé ?), et il a d’intéressant que, et c’est assez unique, les divers épisodes permettent de voyager dans le temps et donc de revenir sur des scènes déjà vues mais dirigées sous un autre angle. Parce que la réalisation est également d’enfer ! Tout est à la fois sous tension et tordant. Retour Vers le Futur, quel que soit son numéro c’est du Rock’n Roll pure. Franchement, pour m’être repassé pour la centième fois au moins les trois épisodes il y a une semaine, ont peut dire qu’ils n’ont pas pris une ride. Le plaisir est toujours aussi grand, les situations toujours aussi cocasses et les effets spéciaux qui commencent mine de rien à dater marchent toujours aussi bien.
Enfin, il ne faut pas que j’oublie de mentionner la bande originale que, j’en suis sure, personne n’a oubliée. Que ce soit le thème principal, « Johnny B. Goode » (C. Berry), « Heaven is One Step Away » (E. Clapton) ou encore « Power of Love » (J. Colla, C. Hayes, H. Lewis), elles rythment les films avec charme et humour. Une petite tendresse de ma part pour la scène dans laquelle Marty se fait la célèbre chanson de Chuck Berry à sa façon…
Alors, en résumé, on dit quoi de Retour Vers le Futur I, II et III ? Un scénario original et une idée superbe, une réalisation impeccable, des acteurs absolument fabuleux, une bande originale qui nous a tous marqués… Bref, un énorme succès qui mérite sans aucun doute toutes ses louanges et son statut de film(s) culte(s)

Générique
Retour Vers le Futur I, II, III
Réalisation: Robert ZEMECKIS
Scénario : Robert ZEMECKIS et Bob GALE
Interprètes: Michael J. FOX, Christopher LLOYD, Lea THOMPSON, Crispin GLOVER
Production : Bob GALE et Neil CANTON
Producteurs exécutifs : Steven SPIELBERG, Kathleen KENNEDY et Franck MARSHALL
Musique : Alan SILVESTRI

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