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24.10.2007

« L'HORREUR… », par Ceelya

Casualties of War de Brian De Palma (1989)

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L'avantage avec les films de guerre, c'est que tant qu'il y aura des Hommes, ils seront toujours d'actualité.




En 1989, Brian De Palma adaptait une histoire vraie publiée dans le New Yorker en 69. Il y était question de viol et de meurtre commis par un groupe de GI sur une Vietnamienne.

Le Vietnam. Nam pour les intimes. Théâtre d'atrocités en tous genres, comme toute guerre, et page incontournable de l'histoire américaine moderne. Pourquoi y revenir si l'on a déjà vu Apocalypse Now, Voyage au bout de l'Enfer ou Full Metal Jacket pour ne citer qu'eux? Eh bien...avec mes humbles moyens, c'est ce que je vais tenter de vous expliquer.
On retrouve dans cette oeuvre des ingrédients DePalmien au service d'une histoire très forte, loin des thrillers ou polars qu'il avait faits auparavant. Les somptueux mouvements de caméra sont là (beaucoup de steadycam), le motif du double (Thuy Thu Le interprète aussi la vietnamienne du bus), ainsi que le « faux » split-screen et l'omniprésence de la musique. Le tout repose sur les épaules de deux acteurs extrêmement intenses et tout à fait antagonistes: Sean Penn respire la violence. Son visage semble presque taillé au couteau: nez parfaitement droit, joues qui peinent à se déformer sur le chewing-gum qu'il mâche en permanence, carrure du GI idéal avec en prime des yeux bleus glacés et un discours qui fait froid dans le dos.
Michael J. Fox est morphologiquement son opposé: visage beaucoup plus doux avec des formes rondes, nez retroussé, taille plus petite, des yeux bleus plus ombragés et des paroles qui trouvent écho en nous. Les deux se confrontent sous le coup d'une haine et d'une incompréhension qui suinte sur chaque plan à partir de l'enlèvement et qui pose les bases d'une autre guerre: punir un meurtre...dans le contexte d'un conflit.
Mention spéciale à tout le groupe comprenant John C. Reilly (Hatcher le simplet), John Leguizamo (Diaz le faible) et Don Harvey (Clark le psycho) : un trio riche en différences qui soutient avec brio les deux fortes têtes.

Parmi tous ces GI qui ont fait la guerre, c'est une erreur de croire qu'ils étaient interchangeables...seuls les hauts fonctionnaires pouvaient penser ça et les réunir en masse sous l'étiquette « chair à canon ».

Je ne sais pas si nous devons chercher des traces d'humanité chez ces hommes ou si nous devons pâlir à la vue des bêtes que certains sont devenus. Mettez à l'épreuve votre degré d'empathie et vous verrez bien. Quoiqu'il en soit, vous verrez un soldat du nom de Eriksson contestant les ordres/horreurs de son sergent mais qui ne peut pas grand chose pour les empêcher.

Bien sûr, notre morale d'occidentaux confortablement assis dans un fauteuil à regarder un DVD n'ira pas prendre parti pour le sergent Meserve et De Palma le sait très bien...aussi particulière que soit l'histoire qu'il raconte, LA guerre en elle-même est toujours remise en question.

La porte est ici ouverte et Meserve est visiblement lui-même le produit d'un acte de toute façon inexcusable: une guerre...

Pourtant, parmi ces produits, il y a le bleu Eriksson. Peut-être est-il d'ailleurs ainsi parce qu'il est bleu...

Loin d'être un héros militaire, Eriksson n'est pas un Stallone ou un Willis s'aventurant seul dans la jungle, les cartouches en bandoulière. Interprété de façon impeccable par Michael J. Fox, cet homme semble abolir une distance par sa banalité de prime abord, et finit par nous faire croire qu'on peut rester humain dans ces conditions...et que « l'acte héroïque », s'il en faut un, consiste peut-être en ça. Non loin de lui, le sergent Meserve joué par un Sean Penn qui glace le sang vient contrebalancer cette idée et amène à nous interroger nous-mêmes sur notre propre nature: duquel des deux serions nous le plus proche dans les mêmes conditions? Question fausse qui oserait mettre à la portée de notre imagination ce que ces GI ou Viêt-Congs ont vraiment vécu.

Alors, comment juger l'un ou l'autre en fin de compte?

Hé bien...c'est peut-être la mauvaise question s'il n'y a pas de réponse.

Comment ce bleu reste-t-il intègre quand beaucoup deviennent fous? Et pourquoi fait-il attention à chacune de ses actions sachant qu'elle peut-être la dernière alors que beaucoup fonctionnent en sens inverse?

Celles-ci n'ont peut-être pas de réponses non plus, mais les questions prolongent la durée de vie d'un film après sa projection alors, autant en poser un maximum.

C'est dur d'aborder de si vastes sujets, et c'est impossible que j'y arrive. Seulement, on s'éloigne facilement d'un objet filmique quand il y a des choses « plus grandes » si près.
Pourtant le film ne souffre vraiment d'aucun mal.
La mise en scène est celle que l'on connaît de De Palma, soignée et intelligente, et l'écriture est impeccable. Bien que certaines répliques soient particulièrement fortes, les dialogues s'effacent souvent au profit des images que vient souligner, avec une incroyable puissance, la musique terrible et sublime à la fois du grand Ennio Morricone.

Alors oui, c'est vrai, c'est la même guerre que dans Platoon, mais vous ne l'avez pas déjà vue. Dans celle-ci, il y a peut-être pire qu'être GI, il y a être sous leur protection.

Générique :
Casualties of War (titre français Outrages)
Réalisateur: Brian DE PALMA
Scénariste: Daniel Lang (auteur du livre original) David Rabe (scénario)
Musique: Ennio MORRICONE
Acteurs: Michael J. FOX, Sean PENN, Don HARVEY, John C. REILLY, John LEGUIZAMO, Thuy THU LE, Erik KING, Jack GWALTNEY, Ving RHAMES, Dan MARTIN, Dale DYLE.
Bonus DVD : Entretien avec Michael J. Fox + Making Of + Bandes annonces : Les Larmes du Soleil et Le Patriote

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