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08.01.2007

CE N'EST QU'UN AU REVOIR, par Ceelya

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Une oeuvre posthume pleine de vie: magique.




The Last Show de Robert Altman

Si l'histoire est la clé, alors les personnages sont souvent la voûte...ils gravitent autour afin de faire avancer le récit. Chez Altman c'est l'inverse. Short Cuts en était déjà une des preuves les plus flagrantes, les plus sublimes. Cet amour, ce dévouement total aux personnages fût rarement démenti dans les films qui jalonnent sa carrière.
Peut-on déduire qu'à travers cet amour transparaît celui que ce grand homme portait aux gens? Faites comme vous voulez, ça fait longtemps que j'en suis persuadée.
Robert Altman avait compris depuis ses premiers films que la vie n'existe pas sans les êtres qui la traverse.
En filmant juste des personnages vivre...c'est là qu'opère l'adhérence.
Ces personnages, unis et à part, évoluent aussi bien sur la scène qu'en coulisses, affichant le sourire approprié au spectacle et laissant libre cours à leurs excentricités dans les loges.

« La vie est un théâtre » disait Shakespeare mais il serait triste de penser qu'Altman ne fait que répéter le dramaturge.
Le film est dense et fait notamment la part belle à ce qui réunit majoritairement les personnages, en dehors de quelques liens familiaux ou amoureux: la musique.
Plus particulièrement la musique country qui est bien évidemment celle de l'émission originale dont l'histoire du film est issue mais qui s'illustre parfaitement dans le décor, avec ses rythmes et mélodies souvent guillerettes aux paroles d' une grande tristesse cependant...la face cachée des personnages...face cachée des gens?

Que dire?
Et comment comprendre cette structure? Ca s'ouvre comme un film noir et ça se termine comme les Blues Brothers...et au milieu, une comédie, un drame musical.
Quelque soit le style, le genre, la nature appelez ça comme vous voudrez, les personnages prennent de toute façon le dessus. Eux sont intemporels et traversent les âges du cinéma.
La musique est ici le moyen par lequel ils s'élèvent et se montrent sur scène, donnant à admirer si ce n'est un talent (qu'ils possèdent tous cela dit) du moins un plaisir évident et même communicatif. Ce plaisir rend justement plus incroyable leur capacité à occulter la fin si proche.
Faut-il faire comme tous les soirs? Ou faut-il annoncer que c'est le dernier show?
Mais ne pas dire au revoir, n'est-ce pas rester un peu dans l'esprit de celui qui attend qu'on revienne?

C'est effectivement un film plein d'espoir, mais pas de celui préfabriqué pour nous faire enrager quand le héros n'a pas embrassé la fille...non, c'est le même que celui grâce auquel on ouvre les yeux chaque matin et qui arrive parfois à nous persuader que la journée sera bonne. C'est celui qui fait naître l'optimisme chez certains, chez Yolanda Johnson (Meryl Streep) notamment: « Quand une porte se ferme, une autre porte s'ouvre. »

Une porte s'ouvre dans ce théâtre et laisse apparaître un ange dont on ne saurait remettre en cause le statut et qui rappelle sans conteste celui de Wenders. Elle pose sa main sur l'épaule des personnages pour les soutenir et les apaiser. Mais cet ange là est visible et s'adresse aux Hommes comme à ses semblables...parce qu'elle n'est rien moins qu'une femme se posant une question humaine. Pourquoi a-t-elle rit d'une blague pas drôle? Pourquoi a-t-elle rit de la vie?
Pourquoi devrait-on rire des blagues de ces deux cow-boys quand on sait qu'elles cachent quelque chose de plus grave: le besoin de faire durer le dernier numéro, pour retarder la fin?

Faisant d'un ange une simple femme en limitant ses pouvoirs, malgré la mise en scène et le jeu qui l'entoure, Robert Altman ne se détourne jamais de ses personnages qu'il aime, faisant d'eux aussi bien des anges par le pouvoir qu'ils avaient d'accrocher un public que de simples Hommes...et faisant d'eux les mêmes en fin de compte.

Nous sommes les spectateurs uniques de ce show, Altman ne filmant jamais le public « diégétique ». Le réalisateur nous offre une double vue et nous guide à travers les coulisses afin de découvrir, pour leur dernier spectacle, le vrai visage des personnages.
Et c'est magnifique à regarder.

Comment conclure cet article sans crier sur les toits du monde que j'aimais cet artiste avec tendresse et folie?

The Last Show est un bijou comme Altman seul a su en créer et il n'y a pas à être triste qu'une carrière s'achève sur de nouveaux lauriers...le film ne laisse pas de goût amer et bien avant de penser « dommage que ce soit son dernier » je me suis dit « heureusement qu'il a pu le finir. »

Générique:
The Last Show ( titre original: A Prairie Home Companion)
Réalisation: Robert ALTMAN
Scénario: Garrison KEILLOR
Interprétation: Garrison KEILLOR (présentateur original de la véritable émission intitulée A Prairie Home Companion), Lily TOMLIN, Meryl STREEP, Woody HARRELSON, Tommy LEE JONES, Kevin KLINE, Lindsay LOHAN, Virginia MADSEN, John C. REILLY, Maya RUDOLPH, Marylouise BURKE, L.Q. JONES, Sue SCOTT, Tim RUSSELL, Tom KEITH.

Commentaires

hé ben moi qu'hésitais à l'acheter, tu m'as convaincu. jolie prose en tout cas.

Ecrit par : erwan | 09.10.2007

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