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13.11.2006
BIENVENUE A DEAUVILLE ! par Quentin C.
De Tchaïkovski à Chopin en passant par la musique rock.
Avis à tous ceux qui ont vu et aimé Welcome to the dollhouse (Bienvenue dans l’âge ingrat)
de Todd Solondz sur ARTE (nombreuses diffusions ces dernières années)! Le film est enfin sorti en DVD (sans bonus, proposant seulement un choix de langue: V.O.S.T. ou version française déplorable), dans le coffret n°3 de la série « Deauville – le Meilleur du cinéma indépendant américain » [TF1 video] incluant également Keane et Mariage et conséquences.
Welcome to the dollhouse de Todd Solondz (1995)
Présenté par la chaîne ARTE comme une « œuvre jouissive », ce film a subi des préjudices liés à sa retransmission: mauvais rendu du traitement éblouissant des couleurs, du travail sur la crudité de la lumière aussi impitoyable que les personnages croisés par Dawn Wiener, une collégienne de onze ans découvrant les affres de l’adolescence, souffre-douleur de ses camarades de classe, aînée d’une horripilante gamine en tutu rose-bonbon, et cadette d’un bûcheur arriviste, piégée dans un monde ultra-conformiste où elle tente de trouver sa place, de se faire aimer, de faire entendre sa voix.
Compte tenu de la grande diversité des musiques exploitées dans le film, on est tenté de considérer que Todd Solondz nous fait nous intéresser davantage aux rapports entretenus par l’image et la bande originale qu’à l’histoire à proprement parler: une année de la pré-adolescence de Dawn.
En effet, des percussions accompagnées d’accords sauvages de guitare électrique soulignent systématiquement la violence des sentiments (jalousie, colère, honte, indignation) éprouvés par le personnage principal. Leitmotiv toujours en parfaite « harmonie » avec les déplacements de caméra et les bruitages qui sont autant de prétextes judicieux pour faire entendre la musique tribale.
Certains morceaux ne se contentent pas de souligner la force dramatique de séquences sordides (telles que celle où madame Wiener contraint sa fille Dawn à dire « I love you » à son hypocrite et exaspérante petite sœur), la musique allant jusqu’à surligner les propos des personnages, conférant à la gravité des mots une dimension grotesque qui tiraille le spectateur entre rire cruel et empathie. Par exemple, suite à l’enlèvement de la petite sœur de Dawn, la mère de famille reçoit un appel des enquêteurs après quoi elle s’effondre en larmes en déclarant « they found her tutu », rendant l’hypothèse du viol/meurtre plus que probable alors que se font entendre les puissants cuivres du Lac des cygnes ; un renforcement donnant dans le tragique excessif qui fait perdre à la scène son ton réellement pathétique. (Ironie du sort, la petite peste est ramenée à la maison par la police un quart d’heure plus tard, ravie d’avoir été séquestrée.)
Welcome to the dollhouse nous perd dans un mélange heureux de séquences régies par des musiques extrêmement différentes, chaque fois dans un but différent: nous faire haïr la petite sœur dansant inlassablement dans le jardin des Wiener sur l’air de la Fée Dragée (Casse-noisettes de Tchaïkovski), présenter la naissance d’un amour tantôt à renfort de violons caressants, tantôt à coups de musique rock, nous faire éprouver des sentiments exacerbés par la mise en scène et contradictoires… Lorsque Dawn joue maladroitement sur un piano de mauvaise qualité à l’élu de son cœur – un bellâtre indifférent – la Valse des Adieux de Chopin, un attendrissement mêlé de pitié s’empare du spectateur subjugué par une mise en scène magnifiant la collégienne insignifiante.
Subtil patchwork douillet et poisseux aux couleurs agressives, fait de pièces de tissu grotesques et d’étoffes sublimes, Welcome to the Dollhouse rend, toujours avec justesse, les sentiments qui se bousculent à l’intérieur du personnage principal, chahutant gentiment le spectateur qui ressort misanthrope et philanthrope de cette impitoyable satire de la société états-unienne, Todd Solondz présentant cette dernière sous un jour on ne peut moins favorable avec un éclairage vitriolé que le DVD rend à la perfection.
Générique:
Welcome to the dollhouse
Réalisation: Todd SOLONDZ
Scénario: Todd SOLONDZ
Interprétation: Heather MATARAZZO (Dawn Wiener), Daria KALININA (la petite sœur Missy), Matthew FABER (le grand frère Mark), Angela PIETROPINTO (Mrs Wiener), Bill BUEL (Mr Wiener), Brendan SEXTON III (Brandon) et Eric MABIUS (Steve Rodgers).
Musique: Jill WISOFF
Durée: 1h28
09:46 Publié dans DVD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Films, Réalisateurs, Acteurs, DVD
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