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07.11.2006

UNE PREMIERE POUR LE DVD ! par Quentin C.

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Le spectateur « DVDvore » peut intervenir de façon cohérente dans le déroulement d’un film!




Destination finale 3 de James Wong (2006)

Destination Finale 3 est un mauvais film dans la mesure où l'image est peu soignée (ce qui, pour une œuvre cinématographique – alliage d’éléments visuels et sonores – pose problème). Regrettable, notamment en ce qui concerne le déraillement du grand-huit (dans le flash-forward d’ouverture) pourtant bien introduit – rapport à la montée de l'adrénaline assurée en grande partie par la savante musique de Shirley Walker.
Cela étant, le film réserve d'excellentes surprises telles qu’une vanité cinématographique : la mise à mort d’Ashlyn et Ashley, deux lycéennes mordues de tanning (bronzage artificiel).
Comme dans toute vanité (au sens pictural du terme) qui se respecte, le motif du crâne humain apparaît. Voir les visages radieux des deux adolescentes portant des lunettes de protection contre les U.V . En effet, à la lumière bleue des rayons artificiels elles dessinent des orbites sur les minois souriants des jeunes filles.
Que font Ashlyn et Ashley, enfermées DANS les tanning-beds (dont la fonction – accueillir un corps allongé – évoque sinistrement le motif du cercueil) DANS la tanning-room, DANS le salon de beauté, alors qu’un orage éclate (un coup de tonnerre salue l’entrée en scène des lycéennes avant leur mise à mort) sinon refuser la pluie (l’eau naturelle) pour bénéficier des rayons artificiels de lampes solaires ? Leur mort par le feu devient donc possible – elles sont « à l’abri » de la pluie – et légitime : il est en effet anormal de bénéficier de rayons solaires alors que des nuages noirs obscurcissent le ciel .
Vanité (punie) de l’Homme devant la nature, qui, à trop vouloir l’imiter afin de la supplanter (des UVA à la place de rayons de soleil) s’expose à des dangers « haute-technologie ».

Est-ce alors un hasard si l’on voit les quatre éléments aristotéliciens (l’air climatisé, la condensation d’eau sur un gobelet de soda, un palmier dans un pot rempli de terre et des étincelles provoquées par un court-circuit pour le feu) se liguer contre les deux personnages en interagissant jusqu’à provoquer un incendie mortel?
Incendie auquel les lycéennes n’échappent pas, incarcérées dans leurs tanning-beds par une planche noire coincée dans les poignées des lits/cercueils blancs, enfermées enfin dans un espace obéissant à une logique de symétrie axiale presque parfaite, où un porte-manteaux et un palmier de décoration se répondent, disposés de part et d’autre de la porte d’entrée de la salle de bronzage.
Ces deux éléments obéissent donc à la symétrie axiale régissant l’aménagement de la pièce, soit. Mais un porte-manteaux et un palmier, ce n’est pas la même chose et, en ce temple impitoyable de l’uniformisation qu’est le salon de beauté, ils sont amenés à disparaître de l’image (en tombant) pour participer activement à la mise à mort « accidentelle » d’Ashlyn et Ashley par le feu. En effet, le porte-manteaux fait choir le palmier sur l’étagère noire qui chute à son tour pour verrouiller les tanning-beds avant que l’incendie ne se déclare. Par conséquent, l’élimination de la diversité, du non-conforme, entraîne la disparition du Vivant.
On peut donc voir la mise à mort des deux adolescentes comme un exposé des conséquences mortifères de l’uniformisation des individus et du manque d’humilité de l’Homme face à la nature, lui préférant des univers ultra-géométrisés équipés de dispositifs électroniques sophistiqués pour des raisons futiles, (le soin excessif apporté à son apparence physique).
(NB : L’apothéose de cette vanité cinématographique se situe certainement dans un plan perturbant présentant le visage terrifié d’Ashley à travers une vitre en train de se fendiller sous l’effet de la chaleur dégagée par les lampes solaires déréglées.)

Donc, sous des aspects de blockbuster sans originalité pour teenagers en mal de sensations fortes, Destination Finale 3 offre des scènes et spectaculaires et passionnantes !
Ajoutons que la réflexion (bien trop discrète) sur le rapport image fixe photographique / photogramme de cinéma, atteignant un point culminant avec la mise à mort avortée de Kévin, entretient le plaisir du spectateur (malheureusement rationné en beauté plastique des images). Il pourra se consoler en intervenant dans le déroulement du film sur support DVD, en empêchant, en accélérant ou en modifiant les mises à morts des personnages sans que cela n’affecte la cohérence du récit. Evitant cet écueil, l’édition DVD va plus loin en proposant des alternatives de « meurtres » permettant d’appréhender certains éléments du film sous un angle différent.
Exemple: dans la « version-incendie » du double-meurtre d’Ashlyn et Ashley, les adolescentes sont indirectement tuées par l’implacable symétrie régissant la salle de bronzage, emprisonnées dans cette froide logique géométrique. Dans la « version-électrocution », elles périssent pour avoir réussi à échapper à cette symétrie axiale, créant un fatal déséquilibre.

La possibilité d’intervenir dans le déroulement du film (passionnant dans ses détails visuels et événementiels mais de relativement mauvaise facture) et ce, de façon intelligente, fait de l’interactivité de l’édition une source de plaisirs sans sombrer dans les travers du « DVD-jouet ».

Générique:
Destination finale 3 (titre original : Final destination 3 : cheating death).
Réalisation: James WONG
Scénario: Glen MORGAN et James WONG
Conception des personnages: Jeffrey REDDICK
Photographie: Robert Mc LACHLAN
Musique: Shirley WALKER
Interpretation: Mary Elizabeth WINSTEAD (Wendy Christensen), Ryan MERRIMAN (Kevin Fisher), Chelan SIMMONS (Ashley Freund) et Crystal LOWE (Ashlyn Halperin).
Date de sortie: le 22 mars 2006 en France, 10 février 2006 aux USA
Sortie DVD: le 19 octobre 2006
Origine: USA
Durée: 1h32
Site officiel: http://www.df3-lefilm.com/

Commentaires

:)
je n'ai pas vu le film mais la critique est très très intriguante,
J'exècre ce type de cinéma, mais les petites subtilités que tu soulignes donnent envie de le voir juste par curiosité.

Ecrit par : Marcsi | 19.12.2006

La franchise Final Destination est effectivement très intrigante. Le spectateur peut à son gré se laisser surprendre par les mises à mort et/ou imaginer le pire à partir des innombrables indices disséminés par les créateurs (indices qui sont autant de fausses pistes potentielles), ces films suscitant très rapidement un désir d'anticipation incitant à analyser les séquences ce qui amplifie évidemment leur puissance dramatique et leur intérêt.
quentin c. pour +2CINE

Ecrit par : Quentin C. | 21.12.2006

Et bien, cela fais plaisir de voir que parmis le lot de critiques quelques unes sortent du lot... le redacteur de cette critique me fais penser assurément à ceux théoricien du cinéma qui devant la mediocrité du film Pearl Harbour s'était amusé à analiser avec justesse le mouvement de la rotation de la torpille et ce qu'elle impliqué... Plus sérieusement voici une vrai analyse de motif, plutot que de film qui mérite l'attention, un travail intérressant et bien écris...

Ecrit par : Bobleblanc | 11.01.2007

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