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03.11.2006
LES ÉCRITS S'ENVOLENT EN FUMÉE, LES MOTS SEULS RESTENT... par Quentin C.
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Les Amitiés maléfiques d’Emmanuel Bourdieu (2006)
Impressionnés par le charisme d’André, un étudiant en lettres de leur promotion, Eloi et Alexandre s’en remettent à ses judicieux conseils, le premier affirmant ainsi peu à peu son statut d’écrivain, le second développant ses talents de comédien. Après avoir montré la voie à ses amis, André dit devoir partir en Amérique pour y achever ses études, laissant derrière lui les amorces d’une machination dont on ignore si elle œuvre au profit des deux abandonnés ou à leur détriment…
Les Amitiés maléfiques nous baladent d’incidents mineurs et fantaisistes en petites péripéties (« petites » dans la mesure où leur force dramatique n’est pas exploitée, laissant la parole à des plans fixes ou à de brèves séquences à l’esthétique travaillée) sans que nous saisissions l’importance de leurs répercutions jusqu’à un dénouement élégant et étonnement sobre : une tirade théâtrale. En effet, la succession (fluide) des évènements mène à l’aboutissement de la combinaison des amorces posées par André qui semble avoir pris en main son destin et celui de ses camarades de promotion.
Car la jeunesse qui est présentée dans ce film est indécise. En témoignent les hésitations /tressautements des prises en caméra-épaule marquant la première partie du film dirigée par André alors que le personnage prend peu à peu contrôle des esprits de ses camarades de promotion. Une jeunesse en proie au doute, en plein éveil certes, mais amorphe ; voir les étudiants en cours de littérature de faculté. En effet, le film verse dans un naturalisme où les stéréotypes sont de mise le temps d’un travelling.
Dans le parcours au rythme soutenu qui nous est proposé, on distingue ça et là des énigmes posées par les agissements et le devenir d’André éludées par le spectacle de l’affirmation progressive d’Eloi et d’Alexandre. Prise d’assurance dans la vie dont on ne prend véritablement conscience qu’une fois les personnages au fait de leur gloire avant une fin amère et ambiguë ou la stabilité acquise devient oppressante et terriblement culpabilisante.
Oscillant entre un humour fin assuré par des personnages secondaires et un ton dramatique (voire pathétique) achevant de complexifier le personnage d’André, le film trouve un juste milieu. Une justesse de ton assurée en grande partie par les dialogues, parfois comiques, souvent tendus sinon glaçants.
Dans Les Amitiés maléfiques, tout passe par le mot, par ce qu’il implique. « Les paroles s’envolent, les écrits restent » peut-être, mais ici, les paroles quelles qu’elles soient (ordres, conseils, refus, demandes, mensonges) deviennent action quand les écrits ne sont qu’accessoires martyrisés, découpés au ciseau, brûlés, dédicacés, supprimés en quelques « clics » sur un ordinateur, dénigrés enfin par le biais de la formulation des mots.
Générique:
Les Amitiés maléfiques
Réalisation: Emmanuel BOURDIEU
Interprétation: Malik ZIDI, Thibault VINÇON, Alexandre STEIGER, Thomas BLANCHARD, Dominique BLANC, Natacha RÉGNIER, Jacques BONNAFFÉ
Origine: France
Date de sortie: le 27 septembre 2006
Durée: 1h40
18:50 Publié dans FILMS EN SALLE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma, Films, Réalisateur, Acteur
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